Les rues offrent un curieux spectacle.

Les habitants des maisons ont été invités à nettoyer la chaussée et l’on voit d’élégantes dames, enveloppées de fourrures encore somptueuses, s’armer d’une pelle et casser la glace.

C’est le grand souci de ceux qui appartenaient, avant le bolchevisme, aux classes dirigeantes de montrer qu’ils ne craignent pas le rude travail.

Des hommes de la meilleure société se sont ainsi, courageusement, transformés dans la journée en débardeurs et ils coltinent les sacs sans fausse honte, sans aucun mystère. Le soir, ils reprennent leur vie normale, ou ce qu’il en reste, se faisant servir par leurs domestiques, s’ils en ont encore.

Car le problème des domestiques est devenu quelque chose d’à peu près insoluble.

La plupart refusent de continuer à servir ou ils demandent des gages exorbitants.

Quelques-uns réclament très haut, dans les réunions politiques, qu’on oblige les bourgeois à prendre leur place et à les servir à leur tour.

Beaucoup se sont faits dénonciateurs et de la façon la plus ignoble. Ce sont surtout des domestiques renvoyés, même il y a longtemps, et qui se vengent.

Le bolchevisme, en effet, a ceci de pitoyable et de terrible qu’une seule dénonciation envoyée par n’importe qui, jamais contrôlée, suffit pour qu’une bande rouge, immédiatement, vienne mettre tout à sac.

Il n’y a, en faveur de ce qui est qualifié «bourgeois», nulle indulgence possible, même si l’on sait—ce qui est exact—qu’ils donnent continuellement de larges aumônes aux multiples quêtes.