Ce marché en plein vent, en pleine place est devenu célèbre et il est assez achalandé.

On y vient par pitié, pour essayer de soulager un peu ces misères particulièrement lamentables.

On y vient aussi par vengeance, pour voir souffrir ceux qui furent si longtemps au haut de l’échelle sociale et se trouvent aujourd’hui si bas.

Mais chaque fois que je passe devant ces groupes, de jour en jour plus nombreux, de ces petits marchands qui portent tous les noms les plus illustres de la Russie, je suis frappée par la résignation, par l’expression apathique de ces visages.

Il semble que la souffrance physique et morale ait aboli en eux tout sentiment de fierté.

Même j’ai vu une jeune fille, au nom très connu dans Petrograd, dépenser les vingt roubles qu’elle avait gagnés péniblement à vendre dans la neige, des paquets de cigarettes pour s’acheter une boîte de poudre de riz!

Ce trait caractérise bien l’inconscience de la race slave.

10 février.

Hier soir a eu lieu la première représentation du Passant; j’ai joué Sylvia et j’ai été ravie de constater que la salle était pleine.

Le gouvernement bolchevik a pourtant supprimé les billets de faveur, sans exception, sauf pour les infirmes et les mutilés.