Les pièces françaises, décidément, restent une distraction très courue, même pour nombre de Russes qui connaissent un peu notre langue ou qui veulent se donner cette élégance d’occuper une loge au théâtre Michel.
Souvent ce sont des bolcheviks, mais des bolcheviks enrichis. Il n’en manque pas. Ces gens ont spéculé, ont pillé de la plus odieuse façon, mais ils considèrent ces rapines comme des «reprises» justifiées et, comme il n’y a aucune police, aucune justice pour leur faire rendre gorge—maintenant qu’ils sont munis d’argent, de bijoux, d’objets de luxe—ils cherchent à se faire oublier en profitant avec égoïsme de leur vilaine richesse.
Il est, au sein du bolchevisme, il est vrai, des hommes convaincus. Ils ont le tort de laisser faire. Que pourraient-ils au juste? Mais ils essaient consciencieusement de mettre un peu d’organisation dans ce chaos.
20 février.
Daumerie, notre régisseur, nous a fait répéter le Demi-monde, répétitions rendues interminables par de continuelles remises au lendemain.
Enfin, aujourd’hui, nous avons tout de même pu donner la pièce de Dumas et nous y avons mis tout notre cœur.
Rarement représentation n’a mieux marché. Je jouais madame de Santis.
Instinctivement, sans savoir pourquoi, au lieu de répondre à la baronne d’Ange que jouait Roggers:
«—Je pars pour l’Angleterre et de là pour la Belgique et l’Allemagne!»
J’ai dit: