Notre vie de Petrograd, déjà si pénible, si douloureuse, va être empoisonnée par les Allemands qui approchent, puisque la route leur est laissée libre, puisque déjà il s’en glisse dans différentes villes de la Russie.

Quelle situation va être la nôtre, à nous Français, dans ce pays, dans cette capitale où d’ici peu le Boche va parler en maître!

Déjà l’on assure que des officiers allemands se promènent dans les rues. Ils ont simplement dissimulé leur uniforme sous des pardessus.

On est dérouté, d’ailleurs, par les uniformes. Il y en a ici de tant de façons, et du moment qu’il n’a pas de casque significatif, le Boche et son uniforme couleur muraille peut être pris pour un Serbe, pour un Italien, pour un Roumain.

Hélas! en même temps il est à remarquer que les uniformes amis se font plus rares.

Les officiers alliés qui habitent Petrograd veulent éviter d’inutiles conflits.

La situation des Allemands est fort délicate ici, et il est à présumer qu’ils auront une attitude réservée. Ils sont trop avisés pour ne pas avoir cette attitude.

Les bolcheviks évidemment subissent leur influence, et on leur doit le désastre qui ouvre la porte toute grande à l’ennemi. Mais les bolcheviks, avec leur mélange de «démocratisme exaspéré» touchant parfois au mysticisme, quand ce n’est pas à l’humour, et aussi de cruautés rancunières, de basses vengeances, de tueries inutiles, les bolcheviks avec leur désorganisation de tout ce qui peut leur rappeler la bourgeoisie et l’aristocratie, ne peuvent manquer d’être en conflit bientôt avec les Allemands, si ceux-ci se mêlent de quoi que ce soit dans la politique intérieure russe, et ils s’y mêleront...

Où allons-nous?

Mes pauvres camarades se préparent au départ; les hommes, du moins, et dans quelles conditions!