N’est-il pas à craindre plutôt que ce soient des avions allemands?
Et je pense qu’avec un peu d’audace et un emmitouflage sérieux, ce serait là le vrai moyen de quitter ce pays maintenant maudit et de s’enfuir, d’une seule envolée, jusqu’en Suède.
Mais de plus prosaïques réalités m’attendent. Mon but est de tâcher, par des prodiges de diplomatie, d’obtenir un passeport quand même pour la Finlande.
Advienne ensuite que pourra! Tant pis si je tombe au milieu d’autres émeutes et de l’avance allemande. Je tâcherai d’être audacieuse et j’aurai peut-être de la chance.
A grand’peine je me faufile jusqu’au bureau des passeports, où il y a foule et une foule visiblement nerveuse.
Un soldat nous dessine, en souriant de sa bouche édentée, une croix sur la table. Par ce signe cabalistique il veut nous exprimer qu’aucune sortie n’est plus délivrée pour la Finlande.
Je ne veux pas me rebuter. Je serai certainement mieux reçue à la mission française, où je ne trouverai pas l’affolement de l’ambassade.
Ces allées et venues, à pied toujours et pour cause, sont éreintantes. Mais j’irai jusqu’au bout des démarches.
A l’Italianskaïa, où se trouve la mission, une grande animation règne, mais nul malaise, nulle inquiétude.
Nous pouvons joindre le général Niessel, qui nous dissuade de demander des sorties.