—D’ailleurs, ajoute-t-il, on ne peut plus quitter Petrograd. On vient de nous téléphoner que le train qui devait partir ce soir est arrêté par un ordre des bolcheviks.

Le mieux est de faire contre mauvaise fortune bon cœur et d’attendre les événements.

Pour nous y aider, le général nous met en rapport avec le capitaine Lelasseux, fort aimable, qui est à la tête d’une coopérative française, excellemment organisée, étant données les complications de la vie et la cherté de tout.

Il met à ma disposition particulière des provisions de biscuits et de boîtes de «singe» pour un mois.

C’est toujours la vie assurée, une vie qui sera très différente de celle que j’ai menée. Mais je crois que l’heure de toutes les résignations est venue.

2 mars.

Les ambassades ont quitté Petrograd hier.

Je crois qu’il ne reste plus ici, en fait de Français ayant un caractère officiel, que la mission militaire et les comédiens du théâtre Michel.

Je suis chargée par mes camarades de tenter d’obtenir de Lounatcharsky un papier nous autorisant à recevoir immédiatement le visa de nos passeports, ce qui nous permettrait de sortir de Russie. Ensuite chacun se débrouillerait comme il pourrait.

Je me suis rendue au Palais d’Hiver. J’ai remarqué, d’une façon plus frappante qu’auparavant, que tous les bolcheviks semblent s’être donné le mot d’ordre pour porter sur eux—sous une forme quelconque, bague, breloque, épingle de cravate—une tête de mort.