Alors les faces s’éclairent.

Je dois convenir, d’ailleurs, qu’un Russe ivre devient immédiatement patriote.

Je n’ai pas oublié un certain soir où, à Bi-Ba-Bo, je fus reconnue en compagnie d’un Français. Un soldat grimpa sur une table et, d’une voix déjà pâteuse, voulut forcer tous les assistants à lever leur verre en l’honneur de la France, ce qu’ils firent le plus aimablement du monde, mais si bruyamment que mon compagnon et moi aurions voulu disparaître dans une trappe.

Aujourd’hui, Bi-Ba-Bo n’a plus cette gaieté bruyante et reste clandestin, mais il existe encore, et les gens s’y glissent dans la nuit, comme trop de gens se glissent aussi dans des tripots.

Autre distraction celle-là, pénible, douloureuse: une sorte de frénésie du jeu s’est emparée de beaucoup de ceux qui, ayant encore quelque argent, cherchent là une distraction, au milieu de l’affreuse existence que nous menons tous.

Je sais qu’il y a, même encore maintenant, des tripots où l’on joue presque toute la nuit. De temps en temps, les gardes rouges font irruption, raflent ce qui se trouve sur la table et fouillent les joueurs, s’emparant de leurs bijoux, de leurs fourrures.

L’établissement est fermé pour quelques jours.

Ses habitués s’entendent vite et vont se réunir plus loin.

1ᵉʳ mai.

C’est aujourd’hui que doit avoir lieu la grande fête des ouvriers.