Pour la circonstance, le Palais d’Hiver a été recouvert d’ignobles peintures futuristes. Le Palais ressemble à un champ de foire.

C’est le bolchevisme qui nous a valu cet envahissement de peintures pitoyables, exécutées par des maladroits dans les plus invraisemblables tons.

Non seulement ils se prodiguent en décorations murales, en affiches, en dessins même dans les journaux, mais ils organisent continuellement des expositions de leurs niaiseries, et les gens, à peu près totalement dépourvus de distractions, s’y rendent par désœuvrement.

Je reconnais, il est vrai, que ces expositions sont un moyen de récolter un peu d’argent, qui va soulager les misères, et il y a tant de misères, hélas!

Mais c’est effrayant ce qu’il faut subir!

Non seulement la peinture est exécrable, mais les sujets sont pénibles pour nous, Français. Sans cesse les Allemands y sont représentés fraternisant avec les Russes, leur faisant donner leur fusil pour une bouteille de wodka.

Le gouvernement approuve fort ces expositions, et elles ont pour les artistes, en plus de l’approbation officielle, l’avantage d’être rémunératrices. Car, le croirait-on, ces horreurs aux tons baroques trouvent des acheteurs.

Il y a assez de mercantis que le bolchevisme a enrichis et qui croient indispensable de couvrir leurs murs de ces chefs-d’œuvre.

Aujourd’hui, 1ᵉʳ mai, la peinture futuriste a des succès plus démocratiques. Ce ne sont que vastes pancartes, qu’écriteaux immenses faits pour être promenés dans la ville et que les badauds regardent passer mélancoliquement.

Depuis quinze jours, on attend avec une impatience fébrile cette journée du 1ᵉʳ mai, qui doit être, croit-on, mémorable.