Le second, c'est l'esprit de combativité et de lutte.
De même que dans la plupart des enfants, Mesdames, vous observez une paresse native qu'il faut vaincre à tout prix, parce que cette paresse native se répand dans toutes les facultés et les endort, de même vous surprenez en eux une lâcheté originelle. L'enfant commence par avoir peur: l'humanité est d'abord craintive et timide. Il faut qu'elle fasse preuve de vaillance, et pour cela il est nécessaire de développer l'esprit de combativité. (Vifs applaudissements.)
Ne vous effrayez pas de cet esprit. Peut-être, direz-vous, nous ne pourrons plus tenir nos enfants, ils seront toujours ivres de luttes, toujours rêvant plaies et bosses. N'oubliez donc jamais que les combatifs sont les forts, que les forts sont les bons, mais que les paresseux sont les rusés et les faibles, et que les faibles sont dangereux, parce qu'ils sont traîtres. (Applaudissements.)
Développons donc l'esprit de combativité, c'est-à-dire l'amour de la lutte: tel est le but. Il y a un obstacle, renversons-le! Mais si nous le tournions, ne pouvant le renverser? Soit! Mais si, en le tournant, nous sommes poursuivis, ne craignons pas d'attaquer. Voilà l'esprit combatif, voilà une des plus belles vertus physico-morales de l'homme, car si l'homme contient en germe une lâcheté native, il possède également en germe une bravoure native. Et il s'agit de savoir qui l'emportera, de la lâcheté ou de la bravoure. Les sports font prédominer l'esprit de combativité, c'est-à-dire l'esprit de vaillance et de bravoure originelles qui dorment chez l'enfant. Les sports font de l'enfant un adolescent vaillant, qui ne sait pas se détourner devant l'obstacle et qui n'a de tranquillité qu'après l'avoir brisé, dompté, vaincu.
Le troisième résultat consiste à donner la force ou l'endurance.
L'être fort, c'est celui qui sait endurer, ce n'est pas toujours celui qui attaque,—l'être fort se révèle bien plus par l'endurance et la patience,—c'est celui qui ne recule jamais. Voilà l'adolescent qu'il faut fabriquer, et, certes, il n'est pas difficile d'en fabriquer de semblables dans le pays des Gaulois. Ce ne sont pas les Gaulois qui sont des paresseux, ils sont trop gais, trop expansifs. Ce sont toujours ceux qui ne craignaient rien qu'une chose: «que le ciel ne tombât sur leurs têtes.» Ils poussaient la force jusqu'à la présomption. Eh bien, je le déclare hautement, je préfère les présomptueux aux timides. (Applaudissements.)
Je vais dire quelque chose qui va plaire aux mères françaises, que je crois bien connaître. Elles ont toujours peur, les mères françaises, elles ont le génie de la préservation. Permettez-moi donc de vous donner, Mesdames, un moyen de préserver vos fils, c'est-à-dire d'en faire des tempérants qui n'aiment ni le vin ni l'alcool, qui ne commencent pas à fumer à douze ans, qui savent mettre le plaisir à sa place.
J'ai observé et j'observe tous les jours que, dans le milieu où il nous a été donné à M. de Coubertin et moi d'organiser ces associations athlétiques, ces jeunes gens ne fument presque pas, ne vont pas sur les champs de courses pour parier; qu'ils sont très modérés et qu'en fait de plaisirs, ils pourraient arriver à donner des leçons, non seulement à Épicure qui était un raffiné de modération, mais à l'autre, le chef des stoïques, qui était un austère, et j'ai observé aussi qu'ils savaient se priver, se condamner même à une dure hygiène dans un but supérieur.
Pour compléter ces résultats d'ordre moral et psychique, je vous en signalerai un autre d'ordre civique.
Les sports, en groupant la jeunesse pour un but qui répond à sa nature, à son besoin de mouvement, font les natures unies et préparent le bon groupement de l'école. S'il m'est permis de parler de l'École Albert-le-Grand, j'avais remarqué qu'il s'y formait des petites coteries provoquées par des sympathies naturelles, par des rapports de famille, par diverses convenances qu'il est difficile d'analyser, et je voyais les élèves se grouper six par six, quatre par quatre, deux par deux. Oh! je n'aime pas cela, parce que l'esprit de coterie est une cause de division et de faiblesse, et comme je n'ai pas l'habitude de couper le mal autrement que dans la racine j'ai laissé les choses aller, mais je me suis dit: Voici une plaie que j'extirperai; or, Messieurs, je l'ai extirpée sans rien dire, en organisant les sports, en mêlant tous les groupes.