J'ai vu que cette grande jeunesse est arrivée à faire de la fraternité. Elle s'est rapprochée dans la lutte autour du drapeau blanc et noir, celui d'Albert-le-Grand, le nôtre, avec ses quatre lettres A-A-A-G, de sorte que tous ces combattants ne connaissaient plus que le capitaine qui tenait le drapeau, les officiers qui le secondaient et les braves soldats qui enfonçaient l'ennemi. (Applaudissements.)
Si j'osais, je pourrais m'adresser à M. le sous-préfet et lui dire: Vous qui menez des hommes, qui avez à les gouverner, vous savez quelle puissance on a quand on peut faire l'unité dans un milieu, quand on peut couper les sectes et ramasser les combattants autour d'une idée forte. Là est le génie politique et, tandis que le génie de l'impolitique—passez-moi le mot barbare—est de diviser, celui de la politique est de réunir. (Applaudissements prolongés.)
J'ai énuméré quelques-uns des résultats obtenus expérimentalement par les associations sportives et athlétiques, par les exercices en plein air. En présence de ces résultats physiques, psychiques, moraux et civiques, les pères et les mères, les éducateurs comprennent-ils maintenant qu'ils ont le devoir de pousser leurs fils et leurs disciples dans cette voie?
Mais ici, une question pratique se pose d'elle-même: comment ces associations sportives doivent-elles être organisées pour donner tous leurs fruits?
Je vais y répondre.
J'ai eu l'honneur hier de prendre part à la discussion intime de la Commission pédagogique relative à cette question. J'avoue que j'y ai appris beaucoup de choses des professeurs de gymnastique scientifique, de M. le docteur Tissié surtout, qui est un maître, non seulement dans la science médicale, mais dans la science pédagogique, et qui à sa science spéculative ajoute une expérience consommée.
Pour mon compte—et j'ai été très heureux de rencontrer la collaboration de M. le sous-préfet du Havre, M. Cathala—j'ai exprimé mes idées libérales relatives à l'organisation des sports dans les lycées, collèges et établissements libres. Quelles sont ces idées? Je vous en dois l'exposé public et très détaillé.
Je réponds que le caractère de l'organisation de ces associations (je mets de côté les leçons de gymnase qui font partie du programme de l'enseignement classique) dans toutes les maisons où l'on élève la jeunesse française doit être la liberté: liberté dans la fondation même des associations, parce qu'il faut que les jeunes gens organisent leurs petites sociétés eux-mêmes. Ils doivent nommer leurs présidents, leurs secrétaires, leurs trésoriers, constituer leurs bureaux. Étant ainsi constitués par eux, ils les acceptent comme une autorité librement reconnue.
Et vous apercevez tout de suite que cette liberté dans l'organisation des sociétés présente un phénomène très nouveau dans nos établissements scolaires français. J'ai été frappé de ce fait que partout il y avait une centralisation absolue dans les lycées, dans les collèges, dans les écoles libres, congréganistes, j'ai observé ce fait particulier que les élèves étaient toujours groupés au gré de l'autorité qui les domine. La centralisation est partout et c'est ce que je ne puis accepter. Aussi me suis-je promis que, quand j'aurais un ensemble à manier, je ferais un trou, par lequel je ferais entrer la liberté dans les associations et dans les établissements d'éducation. Or, Messieurs, la liberté, intronisée là et pratiquée là, finira, soyez-en sûrs, par s'établir dans le pays en maîtresse souveraine.
Ce que je m'étais promis de faire je l'ai fait. Et les associations se sont constituées, et j'admirais l'importance que se donnaient ces présidents, ces secrétaires, tous ces membres du bureau, à cause de la dignité dont ils se voyaient tout d'un coup revêtus. J'ai même remarqué que les dignitaires scolaires, institués par l'autorité, avaient moins d'influence que ceux choisis par les camarades. Pourquoi? Parce que ces derniers sont revêtus seuls de l'autorité que l'opinion peut donner, car, dans les écoles comme dans le pays, dans la nation comme dans les petits groupes, il y a une autorité souveraine,—l'opinion. Le chef qui ne la représente pas ne peut rien, celui qui la représente peut tout, surtout quand il poursuit un but élevé. (Applaudissements prolongés.)