—Si, par un mouvement de générosité que je blâme et que je repousse, tu avois pu exiger notre séparation, tu avois pu désunir notre sort, je ne t’aurois demandé qu’une grâce, une seule que j’aurois implorée à deux genoux: la grâce de venir de temps en temps apporter à tes baisers le fruit de notre amour, l’enfant que je porte en mon sein.

—Terre et ciel! mais que dis-tu,... Déborah?...

—Il ne m’est plus permis d’en douter, Patrick, je suis mère!

—Ah! béni soit Dieu, Déborah, béni soit Dieu! qui m’envoie tant d’allégresse; béni soit Dieu, qui me donne un fils!... s’écrioit Patrick, qui venoit soudain de passer des larmes à la plus folle joie. Il arrachoit et déchiroit son sarrau, et le fouloit aux pieds, il se jetoit dans les bras de Debby, il se pendoit à son col, il l’étreignoit, il lui baisoit le front, il lui baisoit les pieds.

—Ah! je ne croyois pas, ma chère Debby, que tant de bonheur me fût réservé. Insensé que j’étois!... car Dieu m’a-t-il jamais fait un refus! N’est-ce pas lui qui m’a donné une amie et des amours; une amie que les hommes ont voulu m’arracher; des amours qu’ils ont traversées et empoisonnées?

Je le vois bien, maintenant, Dieu est la source de toutes voluptés; le monde, la source de toutes tribulations. Toute la lutte, toute la fatigue est là, vois-tu!—Défendre et sauver des atteintes des hommes les biens que Dieu nous a donnés.

Oh! ce bien-là, je saurai mieux le défendre, ils ne me le détruiront pas!... D’ailleurs, le monde n’a que faire entre un père et son fils: nous le cacherons, nous le déroberons à ses regards comme un trésor qu’on enfouit; nous le tiendrons dans l’ombre et à l’abri de tout contact.

Mon Dieu! mon Dieu! que je suis heureux!... et toi, Debby, l’es-tu heureuse?

—Heureuse et fière, Patrick!