—Son ambition est de vous faire partager son amour.
—Je ne le partagerai jamais! mon âme est descendue dans la tombe de mon époux.
—Et par la suite, lorsqu’il en sera digne à vos yeux, il vous offrira sa fortune et sa main.
—Que je repousserai. J’ai fait des vœux que je ne parjurerai point. J’ai mon époux à venger, et je me dois à l’enfant que je porte.
—Quelle que soit l’excellence de vos sentiments austères, vienne le temps et ils seront modifiés. On ne peut demeurer toujours en un triste et déraisonnable veuvage.
Allons, ma belle, si vous ne voulez vous affoiblir, il est temps de sortir du bain.
Reposez-vous sur ma bienveillance. Ma bonté et ma prévenance pour vous seront sans borne. Mon cœur et ma main vous sont ouverts. Soyez en paix, il ne vous arrivera rien de fâcheux tant que vous serez auprès de moi. Je vous aime tant! vous êtes si jolie! Laissez que je dérobe un baiser sur votre front candide. Que votre col est gracieux! vit-on jamais épaules plus blanches?
La Madame pour capter son amitié s’efforçoit ainsi de paroître affable. Elle la traitoit avec touts les soins possibles et touts les égards imaginables pour se ménager ses faveurs dans la suite, et la mettre dans la nécessité de faire sa louange auprès de son maître.
Alors elle l’aida à sortir de l’eau, et quand elle fut levée elle voulut lui faire tomber le linge qui l’enveloppoit, mais Déborah le retint de ses deux mains.
—Allons, ma fille, rejetez ce linge humide, pour que je vous essuie. Auriez-vous peur de paroître nue devant moi, devant votre mère? Que vous êtes enfant!