Déborah devint pourpre et baissa les paupières.
—Fi donc! rougir! la pudeur est faite pour les laides, mais non pour vous. Soyez glorieuse de tant de beautés. Ne craignez pas de faire connoître touts vos avantages. Quel dommage d’ensevelir tout cela dans un fourreau de toile! quel dommage de cloîtrer dans un corset ce beau sein, qui glisse sous ma main et lui résiste comme un marbre poli! Je ne puis m’empêcher d’y porter mes lèvres! Pardonnez-moi ces baisers, c’est l’admiration qui me les arrache.
—Je vous en prie, madame, laissez-moi me vêtir; et calmez, s’il vous plaît, cet excès d’admiration. Vos regards s’arrêtent sur moi avec trop de complaisance. Vous me couvrez de honte.
—Mylady, vous êtes faite d’une façon divine, vous êtes faite comme un vase précieux: votre taille est semblable à son col évasé, et vos hanches à son renflement. Vos hanches sont si amples, que c’est tout au plus si je puis les entourer de mes bras....
—Laissez-moi, madame! vous vous oubliez, arrêtez! vous dépassez toutes bornes!...
Déborah, la main appuyée sur le front, repoussoit la tête de La Madame, qui s’étoit agenouillée devant elle, et l’étreignoit comme si elle eût imploré une grâce.
—Ne vous fâchez point, ma bonne amie, je n’ai pas le moindre désir de vous blesser. Le hasard seul a égaré ma bouche. Je vous en demande pardon. Je sais trop le respect qu’on doit aux jeunes filles, pour jamais chercher à en abuser. Mais ne défendez pas au moins quelques privautés sans conséquences à votre surintendante prête à se consacrer entièrement à vous; mais ne lui défendez pas au moins les regrets. Hélas! que ne suis-je ce que je voudrois être, un beau jeune homme aimé de vous. Heureux comte de Gonesse! que de charmes délicieux vous sont réservés! quel choix plus délicat eussiez-vous pu faire? Oh! je suis jalouse de ce choix!...
A quoi bon ce vœu stérile d’être un beau jeune homme? les jeunes hommes qui n’ont pas en leur pouvoir touts les amours, toutes les voluptés. Mon souhait devoit être de vous plaire. Je vous en avertis, je tiens à votre affection, et je ferai tout pour la gagner.
—Je n’ai jamais refusé mon affection à quiconque m’en a semblé digne, et j’ose espérer, madame, que vous y aurez beaucoup de droits.