—Qui donc a parlé ici? est-ce vous, guichetier?... Qui donc, à cette heure, vient troubler la paix de mon cachot?
—Spiorad-naom! Mais cette voix ne m’est pas inconnue!...
—Suis-je donc éveillé, ou suis-je en rêve!... murmura sourdement la même voix, un accent familier a frappé mon oreille!...
—Dia-an-mac! Quelle vision funèbre passe et repasse devant moi, et abuse mon âme? Je suis fou! Ce n’est pas lui,... il est mort.... Qui sait si l’on demeure en la tombe?... Patrick, Patrick, mon frère, seroit-ce toi! Est-ce toi, Mac-Phadruig?...
—Fitz-Harris!... Ah!... malheureux, toi aussi dans cet abyme!
—Patrick, Patrick, mon frère, ah! je te retrouve!... Bonheur affreux!... Si tu le peux, viens que je me jette dans tes bras, pour que je sente, pressé sur mon cœur, que tu n’es point un fantôme! car mon esprit troublé ne peut croire à toi; car tout ceci ne lui paroît qu’une illusion de fièvre.
Et s’élançant dans les ténèbres, de toute la longueur de leurs chaînes, ils se heurtèrent poitrine contre poitrine, et tombèrent à genoux, les bras entrelacés.
Dans cette étreinte de serpent, ils se couvroient de baisers et de larmes.
Enfin Fitz-Harris s’écria:—Patrick, j’ai tant pleuré sur ta mort!... Je te retrouve.... Et il faut encore que je pleure sur toi!...
—Mon frère, reprit Patrick, puisque touts deux nous sommes destinés à la souffrance, béni soit le Ciel, qui nous fait un sort jumeau, et nous lie au même malheur comme deux esclaves à la même chiourme!—Frère, c’est une joie de se retrouver, même sous la hache du bourreau.