Nous qui ne sommes que d’un jour, si la vengeance n’est pas au bout de notre courte et fragile épée, elle nous échappe!—mais rien n’échappe à l’épée éternelle de Dieu!

Cette opinion, j’en conviens, est une opinion terrible! Soit! tant mieux! Qu’elle aille trouver le crime heureux dans le bain de ses prétendues délices, qu’elle lui troue la poitrine avec sa vrille de fer, qu’elle s’y insinue, et lui fasse égoutter le cœur!...

La vérité est un jeune arbre inflexible que nulle force au monde ne peut ployer, et dont rien ne sauroit faire un arc!—C’est un rocher qui retombe sur celui qui le déplace!

Je me suis efforcé tout le long de ce livre à faire fleurir le vice, à faire prévaloir la dissolution sur la vertu; j’ai couronné de roses la pourriture; j’ai parfumé de nard la lâcheté; j’ai versé le bonheur à plein bord dans le giron de l’infamie; j’ai mis le firmament dans la boue; j’ai mis la boue dans le ciel; pas un de mes braves héros qui ne soit une victime; partout j’ai montré le mal oppresseur et le bien opprimé....—Eh tout cela, toutes ces destinées cruelles accumulées, n’ont abouti après tant de peines qu’à me donner un démenti!

Lord Cokermouth, un méchant cœur, fils peut-être d’un cœur plus condamnable encore, n’expie-t-il pas ses torts par lui-même et par sa race. Il est puni en soi. Il est puni dans sa compagne. Il est puni dans sa fille. Sa fortune se détruit, et vivant il assiste à la ruine de sa maison. Le bras de Dieu le poursuit jusque dans sa descendance, et ne s’arrête qu’après avoir tout effacé.

Lady Cokermouth, la pauvre tourterelle accouplée à un bœuf; c’étoit une âme droite; mais elle dut payer pour son père, un marchand parvenu.—Vous savez, messieurs, si c’est l’honnête homme qui parvient!

Quant à Déborah! n’étoit-ce pas la dernière raison d’une race doublement maudite, et qu’on vient de voir s’éteindre dans la personne de Vengeance, son jeune fils, enfant appartenant à deux souches condamnées; car Patrick que nous voyons étendu sur le plus dur chevalet, procède d’une antique famille dégradée après des troubles populaires durant lesquels cette famille séditieuse avoit trempé sans doute dans plus d’un forfait.

Pour Fitz-Harris, n’auroit-il eu contre lui que sa trahison envers son ami, envers son frère Patrick;—la trahison est le crime le plus grand aux yeux de Dieu,—qu’il n’eût reçu que son salaire.

O vous, que mon sophisme flattoit, berçoit, caressoit, consoloit!... qui vous êtes si follement réjouis de me voir mener dans un char de triomphe la corruption; qui avez pu voir avec joie souffrir ce qui est honnête, car tout ce qui est honnête souffre dans mon livre, et qui avez pu croire un instant avec moi au destin aveugle, à l’impunité! mettez sous vos pieds ce doux mensonge!—voilez votre face hideuse dans vos mains coupables!—Tremblez! oui, tremblez! car l’heure approche où toutes ces infortunes que j’ai chantées et des montagnes d’autres vont faire pencher le plateau de la colère de Dieu!—car Dieu à cette heure attise un châtiment comme le forgeron le feu de sa forge!—car l’heure d’une immense expiation va sonner sur un timbre funèbre, épouvantable, horrible! car Dieu et le peuple,—ces deux formidables ouvriers, vont se mettre à la besogne!—et car leur besogne comme eux sera terrible!

La monarchie décomptera longuement devant Dieu ses orgies!—et ses suppôts! le peuple les tordra dans ses mains puissantes comme un haillon!