—Parlez sans trouble, mon jeune ami, pour vous je ne suis que charité.

—J’avois aux mousquetaires un seul compatriote, un seul compagnon, un seul ami; madame, il vient par vos ordres d’être plongé dans les cachots de la Bastille.

—Qui donc?

—Un nommé Fitz-Harris, neveu de Fitz-Harris, abbé de Saint-Spire de Corbeil.

—Fitz-Harris.... Ah! je sais, cet homme infâme!... Comment pourriez-vous, sans honte, vous intéresser à un scélérat?... s’écria la Putiphar, avec un accent de colère et de rancune.

—En effet, madame, vous jugez bien de mon cœur, il ne pourroit s’intéresser à la scélératesse; aussi vient-il vous demander grâce pour Fitz-Harris.

—Grâce pour un pamphlétaire, un libelliste, allant partout souillant par ses insultes la majesté du trône! un vil calomniateur, qui pousse la lâcheté jusques à outrager une foible femme que Pharaon daigne honorer d’un regard de bienveillance! Non, point de grâce pour cet homme!... Les assassins ne sont pas les criminels les plus dangereux pour une monarchie: le coup de canif de Damiens a gagné autant de cœurs à Pharaon, que les coups de plume de Voltaire lui en ont aliéné. C’est Damiens qu’il eût fallu envoyer à la Bastille, et monsieur votre ami qu’il auroit fallu écarteler.

—On a égaré votre justice, madame: je vous atteste, par Dieu que j’adore, et par tout ce que vous vénérez, que Fitz-Harris n’est point un malfaiteur, un suppôt ignoble et dangereux, un libelliste, un odieux pamphlétaire. Votre police, sans doute, pour faire la zélatrice et faire valoir sa capture, vous l’a dépeint sous des couleurs atroces; mais Fitz-Harris est un homme pur et un fidèle serviteur du Roi.