On ne prononce jamais l’s dans la négation ne... plu(s): je n’en veux plu(s) et de même sans plu(s)[759]; ni dans les comparatifs ou superlatifs: plu(s) grand, le plu(s) grand, plu(s) justement, j’ai plu(s) fait que vous ne pensez, une plu(s)-value; ni devant de, dans tous les sens: plu(s) de monde, plu(s) d’amour; ni quand il est répété: plu(s) j’en ai, plu(s) j’en veux, ou opposé à moins: plu(s) j’en ai, moins j’en veux, ou ni plu(s) ni moins[760].
Mais quand plus est suivi immédiatement de que, on prononce volontiers l’s, sauf après pas ou d’autant: pas plu(s) que vous, d’autant plu(s) que je ne sais si..., mais j’ai fait plu(s) ou plus que vous ne pensez, j’ai cinq ans de plu(s) ou de plus que lui.
On le prononce aussi quand plus est séparé par que d’un adjectif ou d’un adverbe: plus que content, à côté de plu(s) content; plus qu’à moitié, à côté de plu(s) d’à moitié; mais surtout on prononce régulièrement et nécessairement l’s de plus-que-parfait, malgré la résistance de beaucoup d’instituteurs et d’institutrices: plu(s)-que-parfait est tout à fait suranné.
On prononce également l’s dans les opérations de l’arithmétique ou de l’algèbre: le signe plus, deux plus deux égalent quatre, plus par plus donne plus.
Enfin, d’une façon générale, sauf dans ne... plu(s) et de plus en plu(s), il y a une tendance à prononcer l’s quand plus est final. A vrai dire, rien de plu(s) vaut mieux que rien de plus, sans doute à cause de la négation; et dans le style tragique, je te dirai bien plu(s), il y va de bien plu(s), semblent encore s’imposer; mais on dira très bien, surtout dans le langage familier, il y a plus ou trois jours au plus; on dira même nécessairement: plus... un lit, et même, quoique moins bien, de plus... un lit, ou de plus, je n’en crois rien, ou encore après mille ans et plus, sauf en vers, s’il y a une suite:
Après mille ans et plu(s) de guerre déclarée
L’analogie de plus s’est exercée sur sus, dont on prononce souvent l’s dans en sus, comme dans en plus. Mais à part l’expression en sus, le mot est généralement suivi de a, ce qui amène une liaison; il en résulte que beaucoup de personnes prononcent courir sus avec l’s, mais c’est une prononciation discutable[761].
8º Après les voyelles nasales, l’s final n’est pas moins muet qu’après les voyelles orales: dan(s), céan(s), san(s), gen(s), repen(s), consen(s), plain(s), étein(s), tien(s), vien(s), moin(s), aimon(s), etc. Il faut donc éviter moinsse avec le plus grand soin, et aussi gensse[762].
Pourtant le mot sens a repris peu à peu son s dans presque tous les cas: bon sen(s) ou contresen(s), qui ont résisté longtemps, ont à peu près disparu[763]; sen(s) commun lui-même, qui s’est conservé plus longtemps et tient encore, sans doute parce que la prononciation de l’s y est entravée par la consonne qui suit, est déjà néanmoins fort atteint, et sans doute destiné à disparaître. Il ne restera bientôt plus que sen(s) dessus dessous et sen(s) devant derrière, qui justement sont sans rapport avec sens[764].
On prononce également l’s dans mons pour monsieur, dans le mot savant cens, dans le vieux mot ains, et dans les mots latins où en sonne in: gens, delirium tremens, sempervirens, etc., sur l’analogie desquels Labiche a formé labadens[765].