Mais tous ces mots où l’s se prononce devant une consonne sont en réalité des mots d’emprunt, ou bien des mots que l’orthographe a altérés en y restaurant un s autrefois muet[772].

Par analogie, l’s se prononce depuis longtemps même dans lorsque, presque, puisque, malgré l’étymologie lor(s), prè(s), pui(s), parce que les éléments se sont fondus en un mot unique, comme dans jusque; mais tandi(s) que n’est pas dans le même cas, les composants étant encore distincts: il vaut donc mieux éviter d’y prononcer l’s.

L’s se prononce aussi dans susdit, qui s’écrit en un seul mot, mais non dans sus-tonique et sus-dominante, qui s’écrivent en deux. Il me paraît choquant dans susnommé et susmentionné, qui pourraient bien se prononcer comme les précédents.

Dans les mots composés commençant par les articles les et des ou l’adjectif possessif mes, ces monosyllabes sont demeurés distincts, et l’s ne s’y prononce pas: le(s)quels, de(s)quels, me(s)dames[773].

Il y a aussi un mot simple où l’s intérieur, muet devant une consonne, a été conservé dans l’écriture, probablement par oubli, tous ceux qui étaient dans le même cas ayant été éliminés: c’est cheve(s)ne, résidu singulier d’une orthographe disparue[774].

Aux mots commençant par un s suivi d’une sourde, c, p, t, le peuple, surtout dans le Midi, ajoute volontiers l’e prosthétique des grammairiens: estatue. Cela n’est sans doute point à imiter[775].

Dans le groupe sc, qu’on ne trouve que dans les mots relativement récents ou qui ont repris des lettres abolies, les deux consonnes se prononcent sans difficulté devant a, o, u: es-cargot, es-compte, scolaire, sculpture.

Devant e et i, on entend généralement deux s: as-cète, trans-cendant, las-cif, res-cinder[776].

Toutefois on ne peut entendre qu’un s en tête des mots: un s(c)eau, une s(c)ie[777]. On n’entend qu’un s aussi (ou un c) à l’intérieur d’un certain nombre de mots: d’abord ob(s)cène et ob(s)cénité, où il est difficile de faire autrement; puis fa(s), de fa(s)ce, terme de blason[778]; de(s)cendre et ses dérivés; con(s)cience et ses dérivés, quoiqu’on entende généralement deux s dans es-cient, pres-cience et cons-cient; enfin di(s)ciple et di(s)cipline avec ses dérivés; et l’on peut encore y joindre, si l’on veut, a(s)censeur et a(s)cension (surtout la fête), di(s)cerner et di(s)cernement, su(s)ceptible et su(s)citer.

Nous avons vu déjà que l’s prenait naturellement le son doux du z, par accommodation, devant une douce, b, d, g, v et j: sbire et presbyte, pélasgique et disjoindre, transgresser, svelte ou transversal. C’est là un phénomène spontané pour lequel il ne faut aucun effort, aucune étude[779]. L’s prend souvent aussi le même son dans les mots en -isme comme rhumatisme (izme) ou même en -asme; mais ceci s’impose beaucoup moins[780].