1º Après les préfixes pré-, ré- et dé- eux-mêmes, dans pré-séance et pré-supposer, sans doute parce qu’ici le simple est trop connu pour s’altérer; dans pré-su (le mot est dans Pascal); dans ré-section et ré-séquer, dé-suet et dé-suétude, qui gardent la prononciation du latin.
2º Et cette fois sans exception, à la suite de toute une série de préfixes qui restent toujours distincts du mot principal: a-, dans a-septique, a-symétrie ou a-symptote; para-, dans para-sélène et para-sol (malgré l’s doux de para-site, vieux mot dont le simple n’existe pas); contre- et entre-, dans contre-sens, contre-seing, contre-signer et contre-sol, s’entre-secourir ou s’entre-suivre, et entre-sol; anti-, dans anti-social ou anti-septique; co- et pro-, dans co-seigneur, co-signataire, co-sinus ou co-sécante, et pro-secteur; uni-, bi- et tri-, proto- et deuto-, etc., dans uni-sexuel et une foule de composés chimiques, botaniques ou même mathématiques[789]; plusieurs autres encore, qui marquent également le nombre, surtout dans le vocabulaire grammatical: mono-syllabe et mono-syllabique, tétra-syllabe, déca-syllabe, etc., poly-syllabe et poly-synodie, pari-syllabique et impari-syllabique[790].
3º Dans quelques mots composés à éléments mal soudés, quoique liés dans l’écriture: tournesol et girasol, soubresaut, havresac, vraisemblable et vraisemblance, présalé, vivisection, gymnosophiste, idiosyncrasie, petrosilex, sanguisorbe, etc.[791].
4º Dans quelques mots simples, exclusivement savants et techniques, où l’on conserve la prononciation d’origine, comme thésis ou basileus.
5º Dans une onomatopée comme susurrer, susurrement, que les dictionnaires altèrent fort mal à propos[792].
6º Enfin dans quelques mots étrangers plus ou moins employés, l’adoucissement de l’s entre deux voyelles étant propre au français: ainsi le grec kyrie eleison, ou l’italien impresario, à demi francisé d’ailleurs, puisqu’on nasalise im[793]. Pourtant l’s s’est adouci dans l’espagnol brasero et l’italien risoluto ou fantasia, apparemment par l’analogie de brasier, résolution, fantaisie[794].
IV. Entre une voyelle nasale et une autre voyelle, l’s reste dur, parce qu’autrefois l’n se prononçait: anse, penser, pension, encenser, insigne, considérer, etc., et même insister, malgré l’s doux de résister et des autres.
Toutefois, avec le préfixe trans-, on a encore un phénomène de liaison, comme avec dés- et més-, et c’est un z qu’on entend, sans exception, dans transalpin, transaction, transatlantique, transiger, transit, transitaire, transitif, transition, transitoire, transhumer et transhumance.
Mais l’s du substantif transe est nécessairement dur, comme dans toutes les finales en -anse, et il se maintient encore dur tant bien que mal dans transi et transir, très fréquemment altérés par le voisinage de transit. Transept a aussi l’s dur, étant pour transsept[795].
On entend quelquefois, mais à tort, l’s doux dans in-surrection, par analogie avec résurrection.