Mais les sifflantes se rattrapent: la forte s’écrit s dans sel, ss dans assez, c dans ceci, ç dans reçu, sc dans scie, t dans patience, x dans soixante, z dans quartz, sans compter qu’elle fait presque toujours la seconde moitié de l’x, quand l’x se prononce, et aussi la seconde moitié du z, quand on le prononce ts; la douce s’écrit z dans zèle, zz dans pouzzolane, s dans raison, x dans deuxième, et fait la seconde moitié de l’x dans exemple.

Les sons de l, m, n, r se bornent à s’écrire par une lettre ou par deux; r devient aussi rh dans rhum.

Enfin l mouillé s’écrit ll dans bille, ill dans paille, l simple dans gentilhomme, lh dans Milhau, gli dans Broglie. L’n mouillé se contente de gn dans agneau ou ign dans oignon, et au besoin ni dans panier, sans parler de ñ dans doña.

Assurément, dans cette multiplicité de signes employés un peu partout pour les mêmes sons (et j’en ai peut-être oublié), il y en a beaucoup qui ne peuvent pas être évités. D’autres ne sont pas gênants. Mais on conviendra qu’une certaine simplification ne ferait de mal à personne et que la langue surtout s’en porterait beaucoup mieux, étant soustraite ainsi à de graves dangers d’altération.

Les langues doivent s’altérer, ou, si l’on aime mieux, évoluer avec les siècles, c’est fatal; mais en vérité est-ce le rôle des meilleurs écrivains de les y aider en s’obstinant à défendre une prétendue orthographe, qui serait la plus ridicule du monde, si la primauté sur ce point n’appartenait à l’anglaise?

LES LIAISONS

Quelques considérations préliminaires.

Au début du XVIᵉ siècle, toutes les consonnes finales se prononçaient partout, sauf devant un mot commençant par une consonne, quand les deux mots étaient liés par le sens[896].

Au contraire, à partir du XVIIᵉ siècle, les consonnes ont généralement cessé peu à peu de se prononcer dans l’usage ordinaire, sauf devant une voyelle (ou un h muet), quand les mots étaient intimement liés par le sens. Je dis dans l’usage ordinaire, parce que les consonnes sont tombées beaucoup moins vite dans la prononciation oratoire et dans celle des vers, surtout à la rime. D’ailleurs, même dans l’usage courant, les consonnes ne sont pas tombées dans tous les mots. D’autre part, beaucoup de consonnes tombées ont reparu et reparaissent encore grâce à l’orthographe: ne faut-il pas parler comme on écrit? Mais alors c’est tout ou rien: ou bien la consonne se prononce toujours, ou bien elle ne se prononce jamais.

Il y a pourtant des consonnes qui ont continué a se prononcer seulement devant une voyelle, dans certains cas: ce qui reste de cette prononciation, c’est ce qu’on appelle communément liaison. La consonne finale ainsi prononcée sert phonétiquement d’initiale au mot suivant[897].