1º -ab et -abe: nabab, arabe, syllabe. Pourtant l’a de crabe est généralement fermé à Paris et dans le Nord, quoique rien ne justifie cette prononciation[42].
2º -ad et -ade: aubade, pintade, bravade[43].
3º -ag et -ague: zigzag, bague. Beaucoup de gens ferment l’a dans vague, substantif ou adjectif, et même parfois dans divague: cela fait bien en vers, mais non ailleurs[44].
De même l’a est plutôt moyen que bref, mais toujours également ouvert, dans les finales à l, m ou n, qui peuvent aussi être considérées comme retardées.
1º -al et -ale, ou -alle: chacal et animal, scandale et dalle, sale et salle. Les poètes font volontiers rimer exhale avec les mots en âle[45]. D’autre part l’analogie de hâle fait quelquefois allonger outre mesure l’a bref de hale, du verbe haler (un bateau). Enfin, dans certaines provinces, sale se prononce sâle, mais cette prononciation est tout à fait mauvaise.
2º -ame ou -amme: gamme et bigame, drame et gramme. Il faut encore excepter clame et ses composés, où s’est maintenue, tant bien que mal, la quantité étymologique, comme autrefois dans fame; et aussi flamme et enflamme, avec oriflamme, sans doute parce qu’autrefois on prononçait flan-me, avec une nasale[46].
3º -ane ou -anne: cane et canne, romane et panne, sultane et havane. Il n’y a plus lieu d’excepter les mots savants, comme profane, malgré l’opinion de Thurot, qui fermait l’a, à cause de l’étymologie. D’autres ferment encore l’a dans plane ou émane, sans doute pour le même motif; d’autres, sans motif cette fois, dans bibliomane et d’autres composés en -mane, ou même dans glane; autant d’erreurs, d’ailleurs assez peu répandues; tout au plus peut-on admettre plane long, par emphase, surtout en vers.
Il y a pourtant deux ou trois exceptions. Damne conserve toujours l’a fermé (sans doute pour le même motif que flamme), mais déjà beaucoup moins, et surtout beaucoup moins généralement, dans condamne, qui est d’ailleurs plus employé. Dame-Jeanne le garde aussi, à cause de la fausse étymologie qu’on prête à ce mot. Les musiciens conservent volontiers l’a fermé de l’italien dans soprane, tandis qu’il s’ouvre dans soprano. Enfin, la manne (des Hébreux) a eu longtemps l’a fermé, probablement aussi pour la même raison que flamme, et l’Académie lui a conservé jusqu’à présent cette prononciation; mais la consonne double tend naturellement à abréger l’a, comme dans manne (panier), et l’a fermé paraît y devenir suranné[47].
A ces finales nous joindrons les finales mouillées, qui ont encore l’a un peu moins bref que les précédentes[48].
1º -agne: bagne, campagne, montagne. Mais on ferme encore l’a dans gagne le plus souvent[49].