2º -ail et -aille[50]: sérail, bétail, médaille.
Cependant rail prononcé à la française est presque fermé[51]. Sérail l’est aussi quelquefois, quoique un peu moins, et ce n’est pas à imiter.
Mais les mots en -aille méritent un examen particulier. A Paris, on fait encore une différence très nette entre -ail et -aille, qui autrefois était fermé et long presque partout. Toutefois cette prononciation n’est pas universelle aujourd’hui, tant s’en faut, ni applicable à tous les mots en -aille. Elle paraît assez justifiée, encore qu’elle ne soit pas toujours indispensable, dans les mots qui expriment une intention péjorative, qu’on marque précisément d’ordinaire en appuyant sur la finale, quelle que soit l’étymologie: monacaille, racaille, antiquaille, frocaille, canaille, cochonnaille, ferraille, prêtraille, valetaille, crevaille et vingt autres, qui d’ailleurs sont d’origine populaire, et ont droit de conserver la prononciation populaire[52]. De même les verbes en -ailler, de même intention, et qui ont l’a fermé, même à l’infinitif, ne peuvent l’avoir ouvert quand il est tonique: piaille, criaille, se chamaillent, rimaille, tiraille, braille, se débraille, écrivaille, et bien d’autres. On peut y ajouter certainement raille et déraille. Mais, d’autre part, l’a n’a jamais été fermé dans médaille, de l’italien medaglia; l’a fermé est également peu usité dans faille (soie) et faille (fente), moins encore dans les verbes qui correspondent à des substantifs en -ail: baille (ne pas confondre avec bâille), émaille, détaille, travaille, se prononceraient difficilement d’une autre manière que bail, émail, détail et travail; les subjonctifs aille, faille, vaille, se sont certainement abrégés, ainsi que écaille et maille, noms ou verbes, et aussi tressaille[53]. Pour les autres, on a parfaitement le droit d’hésiter, et la prononciation parisienne ne s’impose pas: paille lui-même n’est pas plus dialectal avec a ouvert qu’avec a fermé, d’autant plus que ceux-mêmes qui le ferment dans la paille tout court, l’ouvriront aussi bien dans la paille humide des cachots, au moins s’ils parlent vite. Il en est de même pour taille[54].
Ajoutons, pour compléter, que l’a est ouvert et bref dans les finales en -aye où l’y ne se dédouble pas: cobaye, cipaye[55].
III. A long.—Voici enfin des finales dont l’a peut être tenu pour tout à fait long, soit en restant parfaitement ouvert, soit en se fermant plus ou moins. Ce sont celles qui ont un r, ou une spirante sonore, g, v, z.
1º L’a est long, mais ouvert, dans les finales qui ont un r, -ar (avec ou sans consonne) et -are ou -arre: art, are, arrhes ou hart, car, quart ou placard, marc, mare, amarre, camard ou cauchemar, tu pars, il part, je prépare. Il n’y a point d’exception pour les finales masculines qui toutes ont l’a parfaitement ouvert. Il semble qu’autrefois l’a était souvent fermé dans les mots en -are ou -arre; il l’est encore un peu, et même un peu trop à Paris, dans barre et rembarre, carre ou contrecarre, gare et bagarre, et même rare[56].
2º Dans les finales en -age, autrefois irrégulières, l’a s’allonge aujourd’hui régulièrement, mais reste encore ouvert, exactement comme dans les finales en -ar: mariage, ménage, étalage[57]. Le mot âge lui-même a aujourd’hui l’a ouvert, malgré l’accent circonflexe, et se prononce comme les autres: à mon âge diffère bien peu de ramonage.
3º Le cas est presque le même pour les finales en -ave: cave, lave, esclave, grave; mais l’a a déjà une tendance à se fermer, au moins dans grave adjectif, et dans esclave[58].
4º L’a est tout à fait long et fermé dans les finales en -ase, -az et -aze, qui se prononcent comme si elles avaient un accent circonflexe: base, blase ou extase, gaz ou gaze[59].