[152] Bêle, fêle et vêle qui ont contracté deux e, mêle qui a perdu son s, et les adjectifs frêle et grêle, qui en avaient pris un, mais qui étaient pour fraile et graile. Il faut y ajouter Nesle, nom propre qui a gardé le sien. Naturellement, dans pêle-mêle, le premier ê est plutôt moyen, et quelquefois les deux. On allonge quelquefois l’e d’Aurèle ou Philomèle, mais c’est un peu suranné.

[153] Cette orthographe, qui fut longtemps aussi celle de boîte (boette), se maintint, grâce aux essais de réforme du XVIᵉ siècle, époque où oi se prononçait oué. La réforme n’ayant pas réussi, malheureusement, mieux eût valu unifier l’orthographe et écrire moile et poîle, comme boîte. Cela eût épargné à V. Hugo et à d’autres des rimes ridicules, comme celle-ci, où moelle a de plus trois syllabes:

Vous desséchez mes os jusque dans leur mo-elle.
Mais les saints prévaudront! Votre engeance cruelle...
Cromwell, acte I, scène 5.

Moelle rime correctement avec étoile et même avec squale. La même observation est à faire pour couette et couenne. Tous ces mots sont exposés à s’altérer dans la prononciation, comme fouet l’a fait, et ils s’altèrent journellement, grâce à l’écriture. Quant à mouette, il est bien rare qu’on le prononce moite.

[154] Blême, même, carême, saint-chrême, baptême, qui ont perdu leur s, suprême, extrême, qui ont gardé, ou plutôt repris la quantité latine, et les noms propres Bohême, Angoulême, Carême, Brême, avec Sole(s)mes.

[155] Cf. encore dème, enthymème, épichérème, monotrème, hélianthème, abstème, etc. Il en est de même des noms propres en -ème, Nicodème, Polyphème, Triptolème, Barème, etc., mais l’e est toujours bref dans Bethléem, Jérusalem, Sem, etc.

[156] Cf., page 59, ce que nous avons dit pour poète. Il est surprenant que l’abbé Rousselot ne fasse aucune différence entre sème, deuxième et stratagème, qui sont précisément à trois degrés différents. On a vu que cold-cream avait aussi la finale brève.

[157] Voir page 24. Nous reparlerons de ce phénomène au chapitre des nasales.

[158] On peut également franciser, avec le même son ouvert et assez bref, les noms germaniques en -en les plus connus: Ibsen, Mommsen, Beethoven. Quand ces mots ne se francisent pas, la finale se prononce presque comme s’il n’y avait pas d’e.

[159] Les mots chêne, pêne, rênes et frêne ont perdu un s, légitime ou non, tandis que cheve(s)ne gardait le sien; gêne a contracté deux e. Ajouter Gênes, et aussi Duche(s)ne, Duque(s)ne, qui ont gardé l’s.