Les groupes ay et ey, conservés à l’intérieur des noms propres devant une consonne, se prononcent aussi è, plus ou moins bref ou long, suivant les cas, dans les noms français: Aveyron, Aymon, Caylus, Dalayrac, Feydeau, Freycinet, Gleyre, Raynal, etc., et même Taygète, comme Reiset ou Meissonnier. Mais Talleyrand se prononce Tal’ran. Dans le Midi, au contraire, ey se prononce eye dans Eymet, Seyne, Peyr(eh)orade, etc.

[229] Voir plus haut, page 45. L’abbé Rousselot accueille encore doirière.

[230] Voir plus haut, page 48.

[231] C’est pour les noms propres surtout qu’il y a eu longtemps hésitation. Ainsi le nom de Montaigne était à l’origine le même mot que montagne et se prononçait de même; mais tandis que monta-igne, nom commun, perdait son i, Monta-igne, nom propre, gardait le sien, parce que les noms de personnes conservent mieux que les autres mots leur orthographe ancienne: nous en verrons de nombreux exemples; néanmoins sa prononciation s’est longtemps maintenue, grâce sans doute au voisinage du nom commun: par exemple, Delille non seulement prononce, mais écrit partout Montagne, notamment à la rime; mais la prononciation du nom a tout de même fini par s’altérer au cours du XIXᵉ siècle: aujourd’hui tout le monde ou à peu près prononce Montaigne, comme il est écrit; la prononciation par a est considérée comme surannée et serait à peine comprise. Champagne, au contraire, nom à demi commun, a perdu son i, comme Bretagne, sauf parfois dans Philippe de Champaigne, qu’on est tenté d’altérer; mais pourquoi ne pas écrire toujours Philippe de Champagne? cela supprimerait toute difficulté. Sardaigne, moins commun en France que Bretagne ou Champagne, a gardé son i: aussi prononce-t-on ai. De même aujourd’hui dans Cavaignac. Toutefois, dans Saint-Aignan, les diverses prononciations locales sont généralement agnan.

[232] On prononce également par e mi-ouvert l’anglais Reynolds, Seymour, Taylor ou Ceylan, Fairfax ou Ralei(gh), ou encore Leicester, qui est souvent germanisé à tort en . On prononce encore de même Aureng-Zeyb, Beyrouth, Buenos-Ayres, Bayreuth, Laybach et aussi Valparaiso, et même Meinam. En revanche, on prononce l’i (ou y) à part, mais en diphtongue naturellement, dans Héphaistos ou Poséidôn, prononcés à la grecque, dans Maimonide, Kaisarieh ou Kaiserslautern et Baylen, dans Almeida, Peixota, Zeila, etc., et même Leitha, parce qu’allemand. Dans Ha-ydée ou Ha-ydn, on sépare les voyelles. Au contraire Sgon devrait s’écrire Saigon, puisque tous les Européens du pays ont adopté, à tort ou à raison, la prononciation ségon.

[233] Quelques noms propres francisent ei en e ouvert: Henri Heine, Eiffel, Schneider, Leibniz, Leipzig, Reischoffen, et aussi Eylau, van Eyck, Dreyfus; la plupart gardent le son allemand: Eisenach, Eisleben, Fahrenheit, Freia, Freischütz, Geibel, Geissler, Heidelberg, Kleist, Meiningen, Meister et Meistersinger (les personnes qui ne savent pas l’allemand feront mieux de dire Maîtres chanteurs), Reicha, Reichstadt, Reisebilder, Schleiermacher, Schweinfurth et les mots en -ein et -eim, et aussi, avec un y, Freytag, Heyse, Van der Heyden, Van der Weyden, et tous les noms moins connus.

[234] Avec la manie de diérèse qui est la plaie de notre versification, V. Hugo a fait geyser et kayser de trois syllabes l’un et l’autre, dans l’un de ses poèmes les plus fameux, Eviradnus (VI et XVI):

Des ge-ysers du pôle aux cités transalpines...
Que Joss fût ka-yser et que Zèno fût roi...

Il en fait d’ailleurs autant pour Heidelberg et pour bairam (Ane, V, et Quatre Vents de l’Esprit, III, 2)... sans parler de Shylock, écrit et prononcé Sha-ï-lock. Il faut bien se garder de décomposer ces diphtongues.

[235] Ce groupe, d’abord diphtongue, n’a achevé qu’au XVIᵉ siècle de devenir voyelle simple.