[345] Ennui a longtemps oscillé entre an-nui et a-nui: de même en-noblir se confondait avec a-noblir. Les mots savants em-ménagogue ou en-néagone n’appartiennent pas à cette catégorie et n’ont pas le son nasal.

[346] Ils peuvent subir aussi l’analogie de mots comme enhardir, où l’h, étant aspiré, fait fonction de consonne, ce qui n’est pas le cas d’enharmonique, malgré Michaëlis et Passy. Je laisse de côté des mots plus rares encore, comme enarbrer ou enarrher, qui gardent aussi le son nasal.

[347] Ils sont probablement exposés à subir le sort de donavant, qui est pour d’ore en avant; toutefois en initial doit résister mieux.

[348] Quoique Mᵐᵉ Dupuis recommandât déjà énorgueillir!

[349] Ces mots eurent jadis deux syllabes, puis une diphtongue; mais la diphtongue elle-même s’est résolue depuis longtemps, et dès le XVIᵉ siècle on écrivait sans difficulté fan, et parfois pan, qui manifestement auraient dû s’imposer. Que l’o se soit conservé dans les noms propres, comme La(o)n, Cra(o)n, Ra(o)n-l’Étape, Tha(o)n, etc., qui se prononcent aussi par an, cela même n’était déjà pas indispensable; mais dans des noms communs, cela est parfaitement absurde: on écrit bien flan, qui est aussi pour flaon. Écrit-on paeur, veu, ou cheoir? Il est vrai qu’on écrit asseoir, et c’est inepte. On écrit aussi Jean et Jeanne, mais ce sont encore des noms propres; et d’ailleurs eux aussi pourraient bien se passer de leur e, aussi bien que à jeun.

C’est encore par an que se prononcent deux mots français que nous retrouverons, C(a)en et Saint-S(a)ëns, avec Jord(a)ens; mais on sépare Lyca-on, Pha-on, Phara-on, etc., mots anciens et savants. Saint-L(a)on se prononce par on.

[350] De même La(on)nais, Cra(on)nais ou Ca(en)nais, et aussi Cra(on)ne, le tout avec un a simple.

[351] La finale est presque toujours nasale aussi dans les noms propres en -an, étrangers aussi bien que français: Aldébaran, Buridan, Ceylan, Coran, Éridan, Érivan, Haïnan, Léman, Magellan, Michigan, Iran, Kazan, Lockman, Man, Nichan, Osman, Othman, San-(pour Saint), Turkestan, Tuyen-Quan, Wotan (sauf dans Wagner), Yucatan, Yunnan, Zurbaran, et la particule flamande Van, du moins devant une consonne: Van Dick. Nous ne nasalisons pourtant ni Ahriman, ni Flaxman, Wiseman ou Wouverman, ni bien entendu les noms en -mann.

[352] On nasalise la finale -and ou -ant dans Covenant, Rembrandt, et tous les noms géographiques en -land, qu’on y prononce le d ou non: voir au chapitre du D. De plus, et sans parler des noms anciens, comme Samson, Pamphylie ou Zante, ni des noms à forme française, comme Mozambique, Pampelune ou Zanzibar, on nasalise aussi an intérieur dans Andersen, Angelico, Bamberg (malgré le g qui sonne), Cambridge, Campanella, Campo-Formio, Campo-Santo, Campra, Chandos (malgré l’s qui se prononce), Cranmer, Exelmans, Gérando, Kandahar, Kansas, Kant, Mancini, Mantegna, Manzoni, Oubanghi, Rancke, Sandwich, San-Francisco, Sangrado, Santa- (pour Sainte-), Santander, Santiago, Sanzio, Servandoni, Southampton (malgré la finale sonore), Stamboul, Stamboulof, Standard, Taganrog, Tanganyika, Travancore, Vambéry, Vancouver, Zampa, Zampieri, etc. On ne nasalise pas Evans, Kilima-n’djaro, Manteuffel, Stanley, fort peu Uhland ou Wieland, et les noms moins connus, ni am suivi d’une consonne autre que b ou p. Toutefois, dans Salammbô, on nasalise am, comme dans Samson, tout en prononçant le second m.

[353] Bienfaisant, bienséant, bientôt, bienvenu, etc. (bi-ennal n’en est pas), chiendent et vaurien. Notons en passant que dans la conversation très familière, eh bien se réduit souvent à eh ben, et même à ben tout court, toujours avec le son in.