[354] De même tous les noms propres anciens, Aché-ens, Phocé-ens, etc., Claudien, Julien, Justinien, Valérien, Lucien, Vespasien, etc., avec Éduens; et aussi les noms modernes, Gien, Tallien, le Titien, avec Engh(i)en, quoique ce mot perde son i (anghin).

[355] Dont le son se reconnaît et se conserve dans chienlit, malgré la diphtongue: ce mot est en effet sans rapport avec chiendent, composé de chien. A la préposition en il faut ajouter trois ou quatre noms de villes: Caen (et Decaen), Ecouen, Rouen, et Saint-Ouen, que les Parisiens prononcent volontiers saintouin, on ne sait pourquoi.

[356] En 1878, l’Académie prétendait encore que la prononciation examène n’avait pas tout à fait disparu: elle ne peut être que méridionale.

[357] On trouve aussi éden rimant avec jardin, rime particulièrement fréquente dans Delille; mais dans les Juifves, Robert Garnier faisait rimer éden avec Adam. Émile Goudeau, dans sa fameuse Revanche des Bêtes, a fait rimer abdomen avec carmin: je n’en connais pas d’autre exemple. Quant à spécimen prononcé par in, qui est admis par Michaëlis et Passy, je ne crois pas qu’on le rencontre bien souvent. Le son nasal in s’est maintenu dans quelques noms propres, Agen, Ruben, Sirven, et aussi Boën (boin) et Cahen, et surtout dans les noms bretons: Chatelaudren, Dupuytren, Elven, Guichen, Kerguélen, Lesneven, Pleyben, Pont-Aven, Rosporden, Suffren, etc. Il est vrai qu’on prononce fréquemment sufrène ou kerguélène, mais c’est une erreur, et les marins, qu’on doit apparemment suivre sur ce point, ignorent complètement cette prononciation.

[358] On notera par suite la différence de prononciation entre comédien (yin) et ingrédient (yan), draconien (yin) et inconvénient (yan), historien (yin) et Orient (yan), etc. C’est aussi an qu’on entend dans Hersent, Sargent ou Bénévent.

[359] Il va sans dire qu’il n’est pas question non plus des finales des troisièmes personnes du pluriel, qui, après s’être longtemps prononcées ont ou ant, ont fini par devenir aussi muettes que l’e simple: aim(ent) ou aim(e), aimai(ent), aimèr(ent). Enfin quelques mots étrangers ne se nasalisent pas, et articulent le t, comme pschent, privat-docent, great-event, Kent, Taschkent; zend se nasalise en in, et on articule la consonne, comme dans le latin bis repetita placent.

[360] Je parle de -ens après consonne, bien entendu: nous savons déjà que tiens et viens et leurs dérivés, et les pluriels en -éens et en -iens, avec Amiens ou Damiens, ont toujours le son in.

[361] C’est aussi le son latin (ince) qu’on entend dans presque tous les noms propres, qui sont pour la plupart méridionaux ou étrangers: Camoëns, Dickens, Flourens, Huyghens, Martens, Perrens, Pougens, Puylaurens, Rabastens, Rubens, Saint-Gaudens, Thorens, Valens, etc. (avec Morcenx ou Navarrenx). Ajoutons que des noms comme Dickens et Huyghens peuvent aussi ne pas se nasaliser, de même que Stevens. Toutefois quelques noms propres français ont réussi à garder le son an tout en faisant sonner l’s: Argens, Dulaurens, J.-P. Laurens, Lens, Sens, et aussi Jord(a)ëns (dance), avec Saint-S(a)ëns. Coblentz se prononçait naguère encore Coblance; aujourd’hui on ne nasalise plus guère ce mot. On voit qu’après en l’s se prononce toujours ou à peu près dans les noms propres. Il y en a pourtant quelques-uns où on a tort de le prononcer; et dans ceux-là, à part Samoëns, qui se prononce Samoin, c’est le son an qui se maintient, comme dans les mots proprement français, gen(s) ou dépen(s). Ce sont d’une part Furen(s), Confolen(s) et Doullen(s), d’où Confolennais et Doullennais prononcés par a, avec Saint-S(a)en(s), localité de la Seine-Inférieure; d’autre part une héroïne et une localité vaudoises, Claren(s) et Mᵐᵉ de Waren(s). Malheureusement notre habitude de prononcer les noms propres par ince, comme les mots latins, fait altérer constamment la prononciation de ces noms, qui est pourtant conforme aux plus pures traditions françaises. Peu de gens en France la respectent ou même la connaissent; et si elle se maintient en Suisse, on prétend qu’à Confolens même la prononciation confolince commence à se répandre: ce serait donc la prononciation méridionale qui monterait vers le nord; mais est-ce bien sûr?

[362] Et aussi dans Timour-Leng (d’où Tamerlan) et Aureng-Zeyb, noms anciens; mais le moderne Flameng se prononce par ingue, comme on prononce inque dans Mézenc, Teisserenc de Bort ou Dehodenc, noms méridionaux.

[363] Ceci entraîne naturellement la prononciation de tous les noms propres qui ont ces finales, même les noms étrangers: Clarence, Mayence et Valence (d’Espagne), aussi bien que Prudence, Fulgence, Térence, Jouvence, Valence (de France), Vence et Provence (Lawrence fait exception et se prononce Lôrèns’); de même Wendes et Ostende, comme Mende, Tende ou Port-Vendres; Tarente, Sorrente et Trente, comme Salente; Nouvelle-Zemble, comme Gartempe et même Gardonnenque.