[374] Le groupe final in (avec ain et ein) étant toujours nasal dans les mots proprement français, il ne faut pas le décomposer dans Ysengrin, Lohengrin (sauf en musique), Caïn, Ebroïn, Méchain, Tain, Etain, Sein ou Cain (ne pas confondre avec Caïn), pas plus que dans Hincmar, Maimbourg, Paimbœuf ou Paimpol, ou dans Cymbalum mundi. L’y ne change rien non plus à la nasale finale de Jocelyn et Jamyn, qu’on décompose quelquefois très mal à propos, surtout pour Jamyn, qui était certainement nasal au XVIᵉ siècle.

[375] Pour les noms propres, les finales de Berlin, Dublin, Eliacin, Ficin, Franklin, Guerchin, Kremlin, Pékin, Pérugin, Tessin, Tonkin, Wisconsin, Witikin(d), sont françaises depuis longtemps; on peut y ajouter Arg(u)in, Kœchlin, Vielé-Griffin, Yersin, Zeppelin, etc. A l’intérieur, outre Edimbourg, Fingal, Finlande, Irminsul, Minturnes, Simplon, Thuringe ou Vercingétorix, qui sont anciens, outre Robinson, Gœttingue, Tubingue et Zwingle, on nasalise aussi Chimborazo, Cintra, Damoreau-Cinti, Mincio et Vinci, Birmingham, Cincinnati, Lincoln, Lingard, Lynch et Singer. On nasalise également Champlain et Chamberlain (mais non Gainsborough), ainsi que Mein, Heinsius, Hussein-Dey, Seingalt et Steinkerque. On hésite pour certains mots, comme Stettin et Behring. On ne nasalise pas la finale de Boecklin, Brooklin, Darwin, Elgin, Emin-pacha, Erin, Erwin, Robin-Hood, Kazbin, Sakhalin (écrit aussi Sakhaline), Schwerin (quoique Mecklembourg soit francisé), Szegedin, Tien-tsin, Widdin, ni même Lohengrin, du moins en musique, car ce nom, qui sans doute nous appartient par l’origine, étant frère de notre national Ysengrin, nous est revenu par Wagner, qui l’a fait allemand. Si on nasalise certains noms flamands en -inck, comme Edelinck, Maeterlinck, il ne paraît guère possible de nasaliser les noms en -ing ou -ings, Essling, Kipling, Memling ou Hastings, ni Semipalatinsk; pas davantage le groupe intérieur ou initial de Kimberley, Himly, Timgad ou Wimpffen, de Berlichingen, Bolingbroke, Bonington, Buckingham, Elchingen, Finmark, Glinka, Grindelwald, In-salah, Interlaken, Inverness, Livingstone, Mac-Kinley, Mackintosh, Meiningen, Minnesinger, Pinturicchio, Strindberg, Swinburne, rio Tinto, Tyndall, Vinhlong, Waddington, Washington, Wellington, Westminster, Windsor, Zinder, etc., etc. Le groupe ein qui termine beaucoup de noms propres allemands, et qui se prononce aïn, en une syllabe, ne saurait se franciser en in, sauf dans Mein; mais il se francise parfois à moitié en èn: toujours la demi-francisation. Ainsi prenons Rubinstein (roubin’staïn): on nasalise in sans difficulté pour le franciser, parce qu’il est à l’intérieur du mot; mais quand il s’agit de la finale, tout le monde sait que les finales nasales sont propres au français: on tient donc à respecter l’n, comme on le fait dans Ibsen ou Beethoven, ou dans policeman, et c’est ei tout seul qui se francise comme dans Leibniz; on a ainsi Rubinstèn. Il n’y a pas grand’chose à dire à cela: on n’est pas obligé de savoir l’allemand, et tout vaut mieux que d’affecter de savoir ce qu’on ne sait pas. On fera bien cependant de prononcer à l’allemande Holbein et aussi Gérolstein.

[376] Contemplations, XIII: le morceau date de 1855, et non de 1835. Cf. l’Ane, VI, et Toute la Lyre, IV, XXV.

[377] En revanche, c’est o-in qu’il faut prononcer dans les composés de co-, comme co-ïncidence, ou co-intéressé, où la diphtongue oin n’a rien à faire.

[378] Châtiments, IV, XIII, pour rimer avec Drouyn, dont la finale est nasale, comme celle de Gédoyn.

[379] Le cas n’est pas du tout le même que celui de meur-trier ou en-crier, qui ont dû nécessairement se décomposer.

[380] Sauf tout au plus dans Drouyn el Duguay-Trouin. Si Ébro-ïn a trois syllabes, c’est à cause du tréma.

[381] Nous avons déjà rapproché m’sieur de m’man: voir page 39.

[382] Voir page 133. A-on s’est maintenu dans Phara-on et Lyca-on, comme o-on dans Démopho-on ou Laoco-on.

[383] On ne nasalise pas non plus l’allemand kronprinz. On final est naturellement nasal dans les noms propres anciens, français depuis longtemps, Aaron, Platon, Solon, etc., etc., mais non dans quelques noms savants en -eion, ni dans Poseidôn, ni dans Organon ou Satyricon. On final anglais, qui s’est nasalisé et francisé dans singleton et Robinson, le héros de Daniel de Foë, se nasalise encore sans difficulté dans Bacon, Byron, Casaubon, Dominion, Eton, Fulton, Gibbon, Gordon, Mélanchton, Newton, et au besoin Nelson et Milton; mais la plupart des noms propres en -son et -ton se prononcent sans nasale, avec un o faible: Addison, Ben Johnson, Edison, Emerson, Hudson, Mac-Pherson, Robertson, Stephenson, Tennyson, Thomson, et aussi Bergson; de même Chatterton, Fulton, Hamilton, Palmerston, Preston, Southampton, Washington, Wellington, etc. On nasalise Apchéron, Bagration, Balaton, Fouta-Djallon, Kherson, mais non Lang-Son. Quant à on non final, il se nasalise généralement comme en français: Bombay, Concini, Cronstadt, Dombrowski, Gongora, Klondyke, Lombroso, Missolonghi, Monck, Monmouth, Ontario, Sebastien del Piombo, Pombal, Spontini, Tombouctou, Tonga, Tongouses, Toronto, Wisconsin, etc.; plus rarement dans Schomberg ou Sonderbund, ou dans Heautontimoroumenos; jamais dans om suivi d’une consonne autre que b ou p (malgré le français Domfront et Dommartin).