[384] Avec acupuncture, avunculaire, becabunga, infundibuliforme, nuncupatif, opuntia, tungstène ou unguis; mais il se prononce un dans hic et nunc. Umble (poisson) est devenu ombre. Quant aux noms propres, on prononce on dans Annunzio, Aruns (que Voltaire écrit Arons), Columbus, Dunciade, Dundee, Duns Scot, Dunstan, Funchal, Humboldt, Northumberland et Cumberland, et même Bunsen; on hésite entre on et un pour Duncan ou Majunga, Lund et Sund, et par suite Stralsund et Bomarsund; mais on prononce un quand le groupe est final, dans Irun, Lescun, Ossun, et même Falun, comme dans Loudun, Melun ou Châteaudun (et Dunkerque); on prononce encore un dans Belsunce ou Humbert, dans Cunctator, dans Brunswick, Gunther et Munster. Quand un ou um n’est pas nasal, u se prononce ou (voir page 125, note 1).
[385] Ce chapitre a paru à peu près textuellement dans la Revue de philologie française, 1912, 2ᵉ trimestre; on y a fait ici quelques additions.
[386] C’est une bizarrerie de la langue: pourquoi est-il tonique dans dis-le, et muet dans dis-je? Tonique à l’origine dans l’un et l’autre, il tendit à devenir muet dans les deux, comme partout ailleurs; mais le résista. Au XVIIᵉ siècle, la prononciation n’est pas encore fixée, et Molière a le droit d’écrire par exemple:
Mais, mon petit Monsieur, prenez-l(e) un peu moins haut,
où l’e est muet. Mais cette prosodie, encore fréquente dans Voltaire, était ridicule au XIXᵉ siècle chez V. Hugo, et chez beaucoup d’autres, qui se crurent autorisés par son exemple. V. Hugo est même allé jusqu’à l’extrême en élidant cet e devant un point dans Cromwell:
Chassons-l(e). Arrière, tous!
[387] L’e est cependant muet, ou du moins il sonne comme l’e muet, devant deux consonnes, dans le préfixe re- (ressembler, ressortir), dans dessus et dessous et quelques noms propres commençant par de- ou le-, la seconde consonne étant l ou r: Debraux, Debry, Decrès, Deprez, etc., Leblanc, Lebrun, Leclerc, Ledru-Rollin, Lefranc, Legrand, Leprince, Letronne, Levroux, etc.; de même dans levraut, levrette et levron. Nous reviendrons sur le préfixe re-.
[388] Il arrive même souvent que l’élision de l’e muet se fait par-dessus s ou nt pour éviter la liaison: tu aim(es) à rire, ils aim(ent) à rire; mais que la liaison se fasse on non, c’est tout un pour l’e muet, qui ne se prononce pas plus dans un cas que dans l’autre. Cette question n’est donc intéressante qu’au point de vue de la liaison; elle sera étudiée au dernier chapitre.
[389] De même le Yalou, le Yang-tsé-kiang, le Yémen, le Yucatan, le Yunnan, etc., quoiqu’on dise souvent, à tort, l’Yémen. L’i initial lui-même, placé devant une voyelle, ne peut être que consonne dans les mots allemands, même si on l’écrit i ainsi dans Iéna, aussi bien que dans Johannisberg; et les matelots qui parlaient naguère de la catastrophe du Iéna, parlaient, en réalité, plus correctement que leurs officiers ou les journalistes, qui disaient l’Iéna, en trois syllabes sans doute, comme V. Hugo. Néanmoins tout le monde dit le pont d’Iéna, mais cela tient à ce que, après un d, ié reste plus facilement diphtongue qu’après un l.
[390] Molière, les Femmes savantes, acte I, scène 1. On dirait de même, le cas échéant, ce ouais, et aussi bien ce ah, ce oh: en général, il n’y a pas d’élision devant un mot qu’on cite, sauf tout au plus celle de la préposition de.