[413] En vers, l’e, qui ne compte pas dans pai(e)rai, compte dans payerai, comme dans sommeillerai, précisément parce qu’il s’appuie sur une consonne. Molière comptait encore l’e muet de gaye. Sur ce point, voir plus loin, page 193.

[414] C’est dans le Lévrier de Magnus. Ailleurs, dans les Paraboles de don Guy, il écrit flamboyement en quatre syllabes, ce qui est encore pis. C’est tout au plus si on peut admettre balayeront, qui est dans la Paix des dieux.

[415] Ou voye, ou même soye ou aye, pour soit ou ait.

[416] Et dans quelques noms propres: J(e)an, J(e)anne, J(e)annot, J(e)annin, etc., Dej(e)an, Maup(e)ou, Jean de M(e)ung, etc., et même Sainte-Men(eh)ou(ld), qu’on tend à remplacer par Sainte-Menehoul(d). É-u (eu) s’est maintenu très longtemps dans certaines provinces, témoin l’anecdote contée encore par Domergue: Un homme disait un jour à M. de Boufflers: «Vous avez é-u ma sœur dans votre société.—Pourquoi pas? répondit gaiement M. de Boufflers. Jupiter à é-u I-o dans la sienne.»

[417] De même M(e)aux, Carp(e)aux, etc. Mais la diphtongue ne s’est pas faite dans E-auze, quoiqu’il n’y ait point d’accent.

[418] Voir plus loin page 240. On essaya quelque temps du même procédé pour donner au c le son sifflant devant a, o, u: commenc(e)a; puis on adopta la cédille, sauf pour le seul et unique mot douc(e)âtre: pourquoi pas douçâtre aussi bien que commençâmes? Il est regrettable que les typographes n’aient pas adopté aussi un signe analogue pour le g: cela épargnerait quelques confusions.

[419] L’e est ici précédé de trois consonnes en apparence; mais an est une voyelle simple, et ch une consonne simple; plus loin, dans longuement et craquement, l’u n’est qu’un signe orthographique.

[420] On s’explique mal que le peuple prononce quelquefois trouvérai. Dangéreux n’est pas meilleur, ni cuillèrée; et aquéduc, qui fut longtemps correct, ne se dit plus. Mais ass(e)ner a cédé la place à asséner, malgré les dictionnaires. Il faut également se garder de déformer, comme il arrive trop souvent, l’e muet de Saint-Val(e)ry, Saint-Sév(e)rin ou Sév(e)rine, Ag(e)nais, et surtout Mal(e)sherbes ou Fén(e)lon, que Delille, et aussi Domergue, écrivaient Fénélon, je ne sais pourquoi. Pézenas même ne se prononce Pézénas que dans le Midi; mais le second e n’a point d’accent. En revanche appétit en a un: il ne faut donc pas prononcer ap’tit.

[421] Ici encore, quand il y a suffisante affinité entre les consonnes, il est arrivé souvent que l’e muet est tombé dans l’orthographe, sans qu’on sache toujours pourquoi il est resté à côté, dans les mêmes conditions. Car il est tombé non seulement dans les mots comme esp(e)rit, chaud(e)ron ou rég(ue)lisse, où la muette et la liquide s’attiraient, mais aussi bien dans des mots comme soup(e)çon, der(re)nier, lar(re)cin, pendant que dur(e) et sûr(e), longtemps écrits comme fierté, reprenaient leur e, par un caprice des grammairiens. Au surplus, l’orthographe de ces deux mots et de beaucoup d’autres a été longtemps flottante: on trouve encore carfour dans Corneille et dans Molière, épouster dans Molière et dans La Fontaine, laidron dans Voltaire, que dis-je? dans Béranger, avec bourlet.

[422] Et même, par l’effet de la liaison, ils se batt(en)t avec fureur. Ici encore, bien entendu, on prononce les deux consonnes, pour ne pas confondre là-dedans avec la dent, et ne pas créer de barbarisme comme honnêté. D’autre part, il faut éviter aussi avec grand soin de donner deux r à mairie ou à seigneurie, comme si c’était mair(e)rie ou seigneur(e)rie. Dans Rochechouart, on se croit souvent obligé de prononcer l’e, comme dans onze sous, mais ce n’est pas absolument indispensable.