[423] Et Richelieu. Deux mots qui auraient dû être aussi en -elier, sont à tort en -ellier: prunellier et dentellière. Dans ceux-là on ne se borne pas à prononcer l’e: on le ferme le plus souvent; mais on prononce aussi très bien dentelière, et peut-être cela pourra-t-il amener l’Académie à changer l’orthographe défectueuse de ce mot. Le seul substantif qui fut jadis en -erier, cellerier (de cellier), a fait mieux encore; il a pris l’accent: cellérier.—Notons en passant que les dictionnaires mettent aussi un accent à sorbétière; mais le mot était mal formé, et l’usage a refait sorbetière, comme de gilet, gil(e)tière, de même qu’on dit souvent, non sans raison, gen(e)vrier, au lieu de g(e)névrier. De même les médecins prononcent cur’ter, cur’tage, et écrivent curetter, curettage: c’est la prononciation qui est bonne et l’orthographe qui ne vaut rien, car les deux t de curette n’ont pas plus de raisons de se conserver dans cur(e)ter que les deux l de chandelle dans chandelier.

[424] Autrefois, tous ces mots avaient deux syllabes, ayant les mêmes finales monosyllabiques que poir-ier, atel-ier, aimer-ions, aimer-iez. Les nécessités de la prononciation ont amené la diérèse dès le XVIᵉ siècle ou avant; mais les poètes ne se sont conformés à l’usage qu’à partir de Corneille. Dans les deux premières pièces de Molière, on trouve encore voudr-ions, voudr-iez, et même ouvr-ier en deux syllabes, sans parler de sanglier, dont le cas est spécial. Sur cette question, voir mon article, les Innovations prosodiques chez Corneille, dans la Revue d’histoire littéraire de la France, 1913.

[425] Ce phénomène est si marqué que, dans ouvri-er, le peuple refait parfois la diphtongue primitive par l’addition d’un e muet: ouve-rier; de même voude-riez.

[426] Pour que la diérèse s’impose, il faut que la seconde consonne seule soit une liquide; le groupe rl s’accommode donc de la diphtongue.

[427] C’est uniquement à cause de la discordance de tn ou dn, car on prononce facilement diz’nier, et derrenier est devenu sans peine dernier. On prononce également l’e muet, par nécessité, dans nous pesions, ou nous faisions. Dans relier ou renier, on ne devrait pas avoir à craindre de séparer i-er, puisqu’en effet ce sont étymologiquement des syllabes distinctes; mais comme l’usage n’en fait qu’une, aussi bien que dans les substantifs, on dit plus fréquemment à relier ou à renier que à r’lier ou à r’nier.

[428] Toutefois une rencontre telle que il rest’ debout est un peu dure, et il arrive qu’on dit il reste d’bout, par exception à la règle générale; mais on prononce aussi bien les deux e: il reste debout; de même le maître venait ou v’nait de partir. Je dois ajouter que le peuple paraît dire volontiers elle v’nait ou elle r’vient; mais en réalité les deux e tombent ici par parti pris; seulement les nécessités de la prononciation font renaître un e factice devant la consonne initiale: ell’ er’vient, comme dans l’infinitif er’venir. Nous allons retrouver ce phénomène avec les monosyllabes.—Ajoutons que l’e de serein se maintient généralement, par opposition à celui de serin.

[429] Ici encore le peuple évite l’inconvénient en supprimant la liquide avec l’e muet (voir page 182); mais ici la liquide est après l’e: c(el)ui-là. Cette prononciation, qui est triviale, est à rapprocher de celle de d’jà pour déjà.

[430] Inversement premier avait autrefois un accent, et cette prononciation n’a pas complètement disparu, quoique l’Académie ait ôté l’accent depuis 1740.

[431] Quoique l’Académie ne l’ait pas encore enregistré pour ces mots. Au contraire, on commence à dire tenacité, par analogie avec tenace; mais ténacité, qui vient du latin, est encore seul considéré comme correct. On écrit et on prononce chéneau, au sens de gouttière; mais cheneau, qui se rattache à canal, se dit encore dans certaines provinces; et en tout cas chêneau vaudrait mieux que chéneau, car chéneau remplace en réalité chesneau, qui se rattache peut-être à chêne (chesne).

[432] Le Dictionnaire général dit déjà: Retable, et mieux rétable. Cet et mieux est discutable.