[433] Celui-là a des raisons particulières que nous allons voir dans un instant.

[434] De même que réfugier ne change rien à refuge, ni irréligion à religion, l’é fermé étant réservé au mot savant. Je rappelle en outre la différence de sens que l’accent établit entre répartir, récréer ou réformer, et les verbes à préfixe populaire, repartir, recréer, reformer, etc.

[435] Malgré Michaëlis et Passy. On altère aussi assez souvent l’e muet de Re, Rethel, Sedan, Sedaine, Segrais, Segré, Senef, Velay, Vevey, et surtout Regnard. On est fort partagé entre Remi et Rémi: ce qui est sûr, c’est que saint Remi et Domremy ont l’e muet, quoiqu’on prononce plus souvent et qu’on écrive même Domrémy. Mᵐᵉ Dupuis fermait aussi l’e de Mont-Cenis, sans doute comme italien.

[436] On prononce aussi un e muet, avec une seule consonne, ou plutôt l’e muet tombe aussi dans un certain nombre de noms propres qui ont conservé une consonne double, car autrefois la consonne double n’empêchait pas l’e de rester muet. Ainsi Cha(s)t(el)lain et Cha(s)t(el)lux, Ev(el)lin, Mor(el)let—témoin le calembour de Voltaire, mords-les—, et La M(en)nais, dont on a fait l’adjectif menaisien, qui n’a qu’un n. C’est aussi un e muet, mais un e muet prononcé, qu’on a dans Claude Ge(l)lée, dit le Lorrain, ou le parfumeur Ge(l), ou dans Montpe(l)lier, qu’on a souvent écrit jadis avec un seul l: cf. chapelier, page 166.

[437] Cf. vil(e)brequin, dont le premier e ne s’explique d’ailleurs pas du tout.

[438] Pourquoi ces quatre mots n’ont-ils pas pris deux t, aussi bien que les autres? C’eût été plus simple. Tous les substantifs en -erie, dérivés des mots en -elier, ont fini par prendre deux l: chapell’rie, tonnell’rie, batell’rie, etc.

[439] On voit que l’r est encore troisième. Cette prononciation est accueillie par le Dictionnaire général; mais je ne crois pas, malgré son autorité, qu’on puisse aussi prononcer panèt’rie, pellèt’rie, on grénèt’rie; il donne même exclusivement louvèt’rie: ce sont des prononciations purement théoriques, et qu’on n’entend nulle part.

[440] Nous en reparlerons dans un instant.

[441] Pourquoi papèt’rie et pas louvèt’rie? C’est un fait, voilà tout. D’ailleurs on entend aussi, surtout dans le peuple, non pas peut-être caqu’t’rie, mais en tout cas briqu’t’rie et bonn’t’rie, parfois même pap’t’rie.

[442] On dit aussi Gen’vois, bien plus souvent que G’nevois, mais ici, le plus généralement, on ne ferme pas l’e; jamais dans Gen’viève. On sait que dans la conjugaison, comme dans les substantifs en -ment, il y a mieux: on met un accent grave sur le premier e, quand on ne double pas la consonne: j’achèt’rai, formé sur j’achète (et non j’ach’t’rai, qu’on entend trop souvent), et par suite éch’vèl’ra, formé sur éch’vèle, comme achèvement sur achève. C’est ce qu’on aurait dû faire pour papet’rie, et les autres.—Nous rappelons ici que le français n’admet pas deux e muets de suite à la fin d’un mot: tant qu’on écrira fureter, décolleter ou épousseter, avec un e muet, les personnes instruites se croiront obligées de dire je furète, j’époussette ou je décollète, et non je fur’te, j’épous’te, ou je décol’te. Il est vrai que les futurs ou conditionnels épouss’terai(s) ou décoll’terai(s) sont généralement admis, ainsi que d’autres pareils, comme étiqu’terai: cela tient à ce que leurs e muets sont intérieurs, et que le second peut se prononcer, ce qui n’a pas lieu dans décollète. Cela n’empêche pas d’ailleurs qu’on ne prononce le plus souvent décolte d’après l’analogie de récolte, décoll(e)ter étant pareil à récolter. Le mieux serait que l’Académie acceptât épouster, décolter et furter, et aussi filter, car qui peut dire qu’on filète une vis, quand tous les gens du métier disent qu’on la fil’te?