[637] L’l final se mouillait tout seul, même après d’autres voyelles que l’i: on vient de le voir pour la finale -eul. Rueil aussi est issu de Ruel.
[638] Ce changement a dû être aidé par le fait que le son mouillé semblait à tort nécessiter deux l.
[639] Il y en a même un qui a perdu complètement son l: c’est émeri. Le même phénomène s’est produit dans pou(il), genou(il), verrou(il), malgré pouilleux, agenouiller, verrouiller, à côté de fenouil, qui a repris et gardé le sien.
[640] Domergue distingue encore entre genti(l) garçon sans l et les gentil(s) avec l mouillé.
[641] Ménil avait aussi amui son l, qui revit ordinairement dans Ménilmontant, comme dans Daumesnil ou Dumesnil.
[642] Le pédantisme qui a essayé de ressusciter moult n’a pas manqué d’y prononcer aussi toutes les consonnes, et cela par pure ignorance.
[643] L’l ne se prononce pas non plus dans beaucoup de noms propres, notamment dans les noms en -auld et -ault, -ould et -oult, comme La Rochefoucau(ld), Châtellerau(lt), Arnou(ld), Guérou(lt), avec Yseu(lt); de plus, Chau(l)ne, Au(l)nay, Au(l)noy, Pau(l)mier, Pau(l)my, Fau(l)quemont, Gau(l)tier, de Sau(l)cy, et autres pareils, où cet l a été rétabli abusivement par les étymologistes du XVIᵉ siècle, qui ne le reconnaissaient pas dans l’u. On prononce également Be(l)fort, au moins dans l’Est. Mais on prononce l’l dans Foulques et dans Montgolfier. Pour Sainte-Menehould, les avis sont très partagés: mene-ou et mene-oul ont des partisans, même locaux, à côté de menou, qui est la vraie tradition: seul le d paraît n’être encore jamais admis.
[644] On sait que, dans un mot comme faulx, l’l du latin est représenté trois fois: une première fois dans l’x, qui n’est un x que par une confusion d’écriture due au moyen âge, où x remplaçait us; une seconde fois par l’u, qui n’est qu’un l vocalisé; une troisième fois par l’l. Ainsi chevals est devenu chevax pour chevaus, puis chevaux, puis même pendant quelque temps chevaulx. Dans aulne et faulx, et aussi dans Chaulne et autres, cet l a la même valeur que dans chevaulx.
[645] Ni rou-lier avec rouiller, fourmi-lier avec fourmiller, fusi-lier avec fusiller, pi-lier avec piller, ou même rallier avec railler. Mais on dit indifféremment arcade sourci-lière ou sourci-yère: cette exception est justifiée par le voisinage de sourcilleux ou sourciller, qui ont les ll mouillés, sans compter que celui de sourci(l) le fut aussi jadis. D’autre part, il y avait autrefois un verbe rouiller, sans rapport avec rouille: on disait rouiller les yeux; ce verbe s’est confondu avec rou-ler.
[646] Que Michaëlis et Passy mettent consciencieusement sur le même pied que celui, de même qu’ils acceptent mi-lieu et mi-yeu, fami-lier et fami-yer, etc.