[761] On prononce naturellement l’s dans les noms propres latins, ou simplement latinisés, ou formés sur le modèle des noms latins, comme Jansénius, Stradivarius et Confucius, Nostradamus et Ramus, Morus et Diafoirus, etc.; et aussi dans beaucoup de noms propres méridionaux ou étrangers: Artus, Cabarrus, Caylus, Cheverus, Malthus et Picpus, Fleurus et Fréjus, etc., avec Eviradnus. Ceux où l’s ne se prononce pas sont moins connus: Châlu(s) et Châtelu(s), Camu(s), Tournu(s), Vertu(s). Mais il faut y joindre un autre nom où l’s ne se prononce pas, précisément parce qu’il est très populaire, et traité comme les prénoms: c’est Jésu(s). Encore les protestants affectent-ils de rétablir l’s, par respect, pour que le nom ressemble moins à un mot de l’usage commun, et peut-être aussi pour se distinguer des catholiques; et cette prononciation de Jésus a été adoptée par un grand nombre de savants, ou simplement de libres penseurs, avec l’arrière-pensée d’assimiler le personnage à tous les autres personnages de l’histoire, ce qui n’est plus tout à fait du respect. On parlera de Jésus-Christ au chapitre du T.

[762] Que j’ai entendu à la Comédie-Française, dans la bouche d’André Brunot, si je ne me trompe. Michaëlis et Passy ne paraissent pas savoir que cette prononciation est tournée en ridicule.

[763] L’s de bon sens est particulièrement utile pour distinguer cette expression de se faire du bon sang.

[764] C’est tout simplement une altération de c’en devant derrière et c’en dessus dessous.

[765] Dans les noms propres en -ans ou -ens, prononcés par an, l’s est normalement muet: Conflan(s), Louhan(s), Le Man(s), Orléan(s), Jouffroy d’Abban(s), Constan(s), etc., avec Decam(ps), Descham(ps), Confolen(s), Doullen(s), Furen(s), et Saint-Saën(s), de la Seine-Inférieure, enfin Claren(s), Mᵐᵉ de Waren(s); on prononce néanmoins l’s dans Huysmans, Exelmans, Paixhans, noms étrangers ou méridionaux, et, d’autre part, dans Argens, Lens et Sens, Jean-Paul Laurens, Dulaurens, Saint-Saëns, le musicien, et Jordaens: voir page 133, note 3. Quand -ens se prononce par in, mais seulement après une consonne, ce qui élimine Amien(s) et Damien(s), l’s se prononce toujours: voir page 139, note 2. Les noms en -ins font comme les noms en ans: Salin(s), Moulin(s), des Ursin(s), Provin(s), Vervin(s), Norvin(s), etc.; mais on prononce l’s dans Tonneins et Lérins, et même dans Reims, qui n’est pourtant pas du Midi, mais qui est un monosyllabe. L’s est encore muet dans Amonton(s), Nyon(s), Pon(s), et Saint-Pon(s), Saint-Giron(s), Soisson(s); il s’entend dans Mons et le prénom Pons, et aussi dans Aruns, qu’on prononce par on, et Laruns, qu’on prononce par un. Pour Lons-le-Saunier, les habitants du pays, qui emploient Lons seul, y font toujours sonner l’s; sur le nom complet, les avis sont partagés, mais l’s ne devrait pas sonner. Je ne parle pas des pluriels, Grampian(s), Mohican(s), Turcoman(s), Pahouin(s) et Patarin(s), Mormon(s), Huron(s), Hun(s), etc.

[766] De même Nui(ts), Dou(bs), Pierrefon(ds), Le Hor(ps).

[767] On prononce de même les deux consonnes dans Lesseps, dans Ops, Chéops, Pélops, Cécrops et Aups, et aussi dans Vals, Pils, Douls, Banyuls, mais non dans Marvéjol(s) ou Barjol(s), ni dans Tagal(s), Oural(s), Peul(s) et Tamoul(s), qui sont des pluriels. On prononce encore l’s avec d’autres consonnes dans les noms étrangers: Adams, Ems, Worms, Huyghens, Dickens, Hans Sachs, Massachusetts, Aramits, Cloots, Thierry Bouts, Wynants, Roberts, etc.; Wiking(s) et Taïping(s) sont des pluriels.

[768] Sauf, comme on l’a vu plus haut, dans ga(rs); sauf aussi dans volontie(rs) et les noms propres en -iers, qui sont apparemment des pluriels, ainsi qu’Ange(rs): voir pages 293 et 299.

[769] Même comme nom propre, sauf dans Cin(q)-Mar(s) ou Saint-Mar(s). Diver(s) aussi a prononcé son s pendant quelque temps, mais il y a longtemps qu’il suit la règle.

[770] Les noms propres français se prononcent aussi sans s: Thouar(s), Dupetit-Thouar(s) et Cin(q)-Mar(s), Thier(s), Ger(s), Fler(s), Bouffler(s), Mamer(s) et Anver(s), Vaucouleur(s), Cahor(s), Vercor(s) et Givor(s), Bouhour(s) et Tour(s), etc. Il est vrai que la prononciation locale de Gers et Anvers conserve l’s, et on a bien le droit de la suivre, surtout quand on est du pays; mais le français répugne tellement à cette prononciation de la finale -ers qu’elle n’a aucune chance de se répandre et de s’imposer, surtout pour Anver(s): comment Anver(s), nom français, puisque l’autre est Antwerpen, se prononcerait-il autrement en France que tous les mots en -vers, qui sont assez nombreux? Ces mots à part, l’s ne se prononce que dans le monosyllabe Ars, et dans les noms étrangers, comme Kars, Flatters ou Milne-Edwar(d)s.