[847] Ce mot vient de l’arabe. Au contraire, argutie garde le t sifflant qu’on donne au latin. Quelques noms propres, qui n’ont pas non plus le t sifflant: Sarmatie, Hypatie, Clytie, Titye, ont gardé sans doute la prononciation du grec (en opposition avec Croatie, Galatie ou Dalmatie, Vénétie ou Helvétie, Béotie, etc.). La Boétie lui-même a pris le t sifflant, par analogie, quoique la localité de ce nom ne l’ait pas. Mais le t est dental dans Claretie, comme dans partie, ortie et sortie: en fait, inertie est le seul mot en -tie où le t soit sifflant après un r. Il est vrai qu’il est sifflant après un r dans martial, partial et beaucoup d’autres; mais Claretie a, de plus, un e muet devant le t, cas unique. Pourtant la tendance est telle à prononcer le t en sifflant dans les mots en -tie, que ce nom est constamment altéré par ceux qui ne sont pas renseignés; mais quand on consultait sur ce point Jules Claretie, il répondait:

«Mon nom, bien cher monsieur, rime avec sympathie

[848] Il devrait garder le son normal, car il ne vient pas du latin; mais il subit partiellement l’analogie des autres, comme l’ont subie plus complètement primatie, presbytie ou onirocritie, qui ont le t sifflant. Suprématie nous est venu de l’anglais, où il a un c. Le t est sifflant aussi dans goétie et scotie, qui sont transcrits du latin, et sur lesquels on pourrait se tromper.

[849] De même dans Arimathie, Carinthie ou Scythie, aussi bien que dans Thiers ou Thierry, Mathias, Mathieu ou Ponthieu, quelle qu’en soit l’origine; sans parler de Thyades, qui a de plus un y grec, outre que le t est initial.

[850] Je rappelle qu’à côté d’étiole (et probablement aussi Etioles), tiole a, au contraire, le t sifflant du latin. Je n’ai pas cité ici étiage, qui est pour estiage: voir plus haut. Le t reste intact aussi dans Critias, qui est grec, dans quelques noms français qui se sont dérobés à l’analogie, comme tion, je ne sais pourquoi, enfin dans les noms étrangers, non seulement Tiaret, Tiepolo ou Tien-tsin, qui ont le t initial, mais même Ignatief ou Bagration, qu’on altère très souvent, ainsi que tion, en vertu de la tendance générale; naturellement aussi dans Montyon, qui a un y grec, comme Amphictyons ou Amphictyonie, qui d’ailleurs sont grecs eux-mêmes, ce qui leur fait deux raisons pour garder le t intact.

[851] D’ailleurs ce sont les exceptions qu’il faut énumérer, et non les mots qui suivent la règle générale. J’ajoute que la classification méthodique m’a permis de donner en outre, dans la mesure du possible, l’explication de tous les cas particuliers, ce qui n’est pas un résultat négligeable.

[852] Ce sont les seuls qu’indique le Dictionnaire général.

[853] De même assez généralement dans Gambe(t)ta, beaucoup moins dans Algarot-ti, Donizet-ti ou Viot-ti, Bet-tina ou Rigolet-to, ainsi que dans les noms anciens, At-tila ou Pit-tacus.

[854] Pour tz, voir plus loin, à z.

[855] De là certaines confusions dans les noms propres: Favre est devenu Faure, vre est devenu Feure, et Lefebvre a donné Lefébure.