[950] V. Hugo, Légende des siècles, II, la Conscience. Le même dans ses Odes, I, 8, avait écrit d’abord: Les bronzes ont tonné; il a corrigé ensuite judicieusement, et mis: Les canons ont tonné.
[951] Dans Cromwell, les noms de Charles et Londres reviennent à toutes les pages, et une trentaine de fois devant une voyelle: l’s y est toujours supprimé. Delphes, Thèbes et Arles perdent leur s chacun huit ou dix fois au moins dans la Légende des siècles: Arles seul l’y conserve une fois, pour des raisons qu’on peut déterminer. Banville disait donc une sottise, quand il reprochait à V. Hugo, dans son Traité de Poésie, d’avoir écrit Versaille sans s, sous prétexte qu’ «il n’y a pas de licences poétiques». Il est vrai que M. Donnay a écrit dans le Ménage de Molière:
Versailles est vraiment un séjour enchanté;
mais d’abord ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux; et puis, il y a dans cette pièce tant de vers d’un rythme contestable, et qu’on doit apparemment dire comme de la prose, de l’aveu même de l’auteur, qu’on ne doit pas se gêner beaucoup pour supprimer l’s de celui-là, et en faire aussi de la prose.
[952] Il est certain qu’en 1789, avant la suture des deux mots, on ne faisait pas plus la liaison que dans États-Unis: voir plus haut; Mᵐᵉ Dupuis l’interdit encore.
[953] Étant donné qu’on évite déjà la liaison de l’s après l’r, il serait encore plus ridicule de dire des ver(s) zà soie, que de dire des moulin(s) zà vent ou des salle(s) zà manger.
[954] Les leçons de Legouvé n’ont d’ailleurs pas corrigé Messieurs les Sociétaires de la Comédie-Française: «L’univer(s) zébloui,» disait Mounet-Sully; et Paul Mounet parlait d’«oublier le corp(s) zen rajeunissant l’âme», quoiqu’il n’y ait même pas de lien grammatical entre les mots. Il aurait donc dit sans doute, a fortiori, prendre le mor(s) zaux dents! Quelle étrange erreur! Et les étrangers vont à la Comédie-Française pour apprendre à prononcer! J’y consens, sauf en matière de liaisons.
[955] Cela n’empêche pas Edmond Rostand d’écrire dans la Princesse lointaine:
Vous la montrera-t-on seulement cette oiselle?
—Le prince l’a promis de nous mener vers elle.
La richesse des rimes de Rostand ne permet pas de douter de la prononciation de celle-ci; et cela serait parfait si c’était une de ces scènes comiques, où la fantaisie justifie toutes les licences; mais les propos sont suffisamment sérieux, et c’est la prononciation qui ne l’est pas; ou si l’on prononce correctement, la rime sera très ordinaire. Mais peut-être que Rostand n’a fait cette rime que pour les acteurs, connaissant leurs habitudes incorrigibles.