II. Devant e et i.—Devant e et surtout devant i, le phénomène est moins régulier, parce que l’oreille n’était pas habituée jadis chez nous au son guttural devant ces voyelles, et que même le ch grec, ou le ch latin venu du grec, s’y prononçait, au XVIᵉ siècle, comme le ch français. Aussi la francisation du ch en son chuintant était-elle générale autrefois devant e et i.

Toutefois beaucoup de mots, même francisés complètement, ont pris depuis le son guttural, comme les mots grecs ou latins correspondants, non sans beaucoup de fluctuations et d’incertitude.

1º Devant un e muet, le son chuintant s’est maintenu partout, dans archevêque, bronches ou aristoloche, comme dans marchepied, broncher ou brioche. Il en est de même dans la finale -chée: trachée, archée, trochée, aussi bien que bouchée ou nichée[551].

Mais on prononce aujourd’hui dans achéen, manichéen ou eutychéen[552]; dans archéologie et archétype; dans cheiroptères (keye), chélidoine, chélonien, chénisque et chénopode; dans lichen, épichérème, orchestre et chétodon; dans trescheur ou trécheur et dans trachéotomie (malgré trachée). En revanche, on chuinte dans cachexie et cachectique, aussi bien que dans chérif et chérubin[553].

2º C’est surtout pour le groupe chi que la question est délicate, car cette syllabe est beaucoup plus fréquente que la syllabe che, et il n’est pas toujours facile d’indiquer l’usage le plus répandu.

En général, les mots savants d’usage ancien ont gardé le son chuintant: non seulement chimie, chimère ou chirurgie (et très souvent chiromancie), mais tous les mots en -archie ou -machie, avec entéléchie et branchie[554]; de même tous les mots en -chin et -chine, en -chique, -chisme et -chiste: c’est ainsi que Bacc(h)us ou psyc(h)ologie, qui ont le son guttural, n’empêchent nullement bachique ou psychique de chuinter[555].

En tête des mots, le préfixe archi- fait de même partout. Seul le mot archiépiscopal, étant plus récent, s’est prononcé arki, au moins depuis Ménage, et les dictionnaires continuent à l’excepter; mais il a fini par suivre l’analogie des autres, au moins dans l’usage le plus ordinaire, et c’est bien à tort que beaucoup de personnes se croient encore obligées de suivre les dictionnaires[556].

On chuinte encore dans rachis (d’où rachitique) et arachide, dans kamichi, letchi et mamamouchi, dans chibouque et bachi-bouzouck, dans chimpanzé, enfin devant y grec, dans chyle, chyme et ses composés et diachylon[557].

En revanche, on prononce aujourd’hui ki dans beaucoup d’autres mots savants, généralement les plus récents et les moins usités; d’abord dans les mots en -chite (sauf bronchite, à cause de bronche et bronchial), dans le chi grec, dans trichinose (malgré trichine, qui par suite tend à devenir trikine), dans achillée le plus souvent (malgré Achille), dans chiragre, chirographaire et souvent chiromancie (malgré chirurgie), dans orchis et orchidée, brachial et brachiopode, ischion, et aussi dans brachycéphale, conchyliologie, ecchymose, trachyte, et, le plus souvent, pachyderme et tachygraphie, sur lesquels on hésite encore[558].

Ajoutons ici, pour en finir avec les mots français, que, devant les consonnes, le ch est toujours d’origine savante et garde partout le son guttural. Ces consonnes sont les liquides, l, m, n, r, et parfois s et t: c(h)lore, drac(h)me, tec(h)nique, c(h)rétien, fuc(h)sine, ic(h)tyologie[559].