A la fin des mots, le g ne se prononce pas dans les mots français. D’ailleurs il ne s’est guère maintenu dans l’écriture que dans deux cas: d’une part dans bour(g) et ses composés, avec faubour(g)[579]; d’autre part après une nasale: ran(g), san(g) ou san(g)sue, étan(g) et haren(g); sein(g), vin(gt) et ses dérivés, coin(g), poin(g), vieux oin(g), lon(g) et lon(g)temps[580].
En dehors de ces deux cas, il y a encore trois mots français qui ont un g final, et ce g ne devrait pas davantage s’y prononcer: ce sont doi(gt), jou(g) et le(gs).
Pour doi(gt), il n’y a pas de discussion, le mot étant appris par l’oreille et non par l’œil.
Mais beaucoup de gens prononcent jougue, et depuis fort longtemps l’Académie a autorisé cette prononciation. Je crois cependant que la majeure partie des gens instruits continue à préférer jou(g), au moins devant une consonne, ou en fin de phrase[581].
Je crois aussi, malheureusement, que la prononciation du g est encore plus fréquente dans le(gs), orthographe déplorable d’un mot qui devrait s’écrire lais, du verbe laisser, dont il vient: il est fort à craindre que la prononciation lègue ne finisse par s’imposer un jour ou l’autre, malgré l’usage ordinaire des hommes de loi et des professeurs de droit, de même que s’est établie l’orthographe legs, par une fausse analogie avec léguer[582].
Le g final ne se prononce pas non plus dans quelques finales nasales étrangères, où il sert seulement à marquer la nasalité, ou bien qui se sont francisées: mustan(g), oran(g)-outan(g), parpain(g), shampoin(g), et, si l’on veut, shellin(g) et sterlin(g)[583].
Le g final se prononce dans les autres mots étrangers: dans drag, thalweg, wigh, bog, grog, toug, etc., ainsi que dans l’onomatopée zigzag et le populaire bon zig; dans erg et iceberg; dans rotang, ginseng et gong, peut-être à tort; dans l’onomatopée dig din don et la plupart des mots anglais en -ing: browning, pouding, skating, meeting, etc. La prononciation exacte de cette finale anglaise est peut-être difficile aux Français; mais il ne s’agit pas ici de prononcer de l’anglais: il s’agit d’accommoder au français une finale qui reste connue comme étrangère, et garde une allure exotique[584].
2º Le G devant une voyelle.
Dans le corps ou en tête des mots, devant une voyelle, le g n’a le son guttural que devant a, o, u: galon, brigand, gorille, gonfler, figure; il a le son chuintant devant e et i: génie, gentil, gingembre, agir, gymnase[585]. Les deux sons sont réunis dans gigot ou gigantesque[586].
On doit cependant pouvoir donner au g le son chuintant devant a, o, u, et le son guttural devant e et i.