I.—On donne au g le son chuintant devant a, o, u, par l’intercalation d’un e qui ne se prononce pas: mang(e)a, mang(e)aille, mang(e)ons, mang(e)ure (de vers), g(e)ai, roug(e)ole, pig(e)on, nag(e)oire, etc.[587].

Ce procédé bizarre a amené plus d’une confusion. Ainsi l’e de g(e)ôle, qui d’ailleurs n’est pas artificiel, mais qui aurait pu disparaître, puisqu’il ne se prononçait plus[588], conduit encore beaucoup de gens à prononcer gé-ôle, comme s’il y avait un accent aigu sur l’é, cela parce que g(e)ôle a été remplacé dans l’usage courant par prison, et que le mot est de ceux qu’on apprend par l’œil et non par l’oreille; et naturellement gé-ôle amène souvent gé-ôlier.

Autre exemple, pire peut-être, et dû à la même cause: depuis que le mot gag(e)ure a cédé la place dans l’usage courant au mot pari, beaucoup de personnes ont cru reconnaître dans le mot écrit la finale -eure, et la prononciation par eure est extrêmement répandue. Elle n’en est pas plus acceptable, car le suffixe -eure n’existe en français que dans quelques féminins de comparatifs de formation ancienne: meill-eure, pri-eure, min-eure, maj-eure, et ceux des adjectifs en -érieur; mais les substantifs ne connaissent que le suffixe -ure: blesser-blessure, brocher-brochure, coiffer-coiffure, peler-pelure, couper-coupure, etc.; d’où, étant donné le procédé orthographique, gager-gag(e)ure, verger-verg(e)ure (du papier), manger-mang(e)ure (de vers), et charger-charg(e)ure (terme de blason)[589].

II.—D’autre part on donne au g le son guttural devant e et i, y compris l’e muet, par l’addition d’un u, qui ne se prononce pas plus que l’e de pigeon: guerre, guérir, fatiguer, narguer, guirlande, guider, guimpe, ligue, dogue.

Ce procédé n’est guère moins contestable, car il amène d’autres confusions. Il y a, en effet, des mots où l’u ainsi placé appartient au radical, comme dans aiguille, et doit se prononcer, tout en faisant diphtongue d’ordinaire avec la voyelle; et alors comment savoir si l’u de -gué- ou -gui- se prononce? Celle des deux prononciations qui était la plus fréquente, c’est-à-dire ghé et ghi, ne pouvait manquer d’attirer l’autre. Aussi est-ce ghé et ghi, et non gué et gui, qu’on aurait dû écrire, pour éviter les confusions.

Il faut donc que nous recherchions les cas où l’u se fait entendre dans les groupes gué et gui.

Mais auparavant je dois faire une observation: c’est qu’il faut éviter désormais de mouiller le g guttural, aussi bien que le c, par exemple de dire à peu près ghyamin ou ghyerre pour gamin ou guerre: la distinction que Nodier établissait à ce point de vue au profit des voyelles é et i a cessé d’être admise dans la prononciation correcte.

3º Le groupe GU devant une voyelle.

I.—Devant un e, l’u ne se prononce à part en français que dans le verbe argu-er, et devant l’e muet final des quatre adjectifs féminins aiguë, ambiguë, contiguë, exiguë, et des deux substantifs besaiguë et ciguë. On voit que cet e, quoique muet, porte un tréma pour marquer la prononciation de l’u.

Dans le verbe argu-er, le suffixe étant naturellement -er, l’u appartient au radical, qui est le même que dans argu-ment. Les gens de loi savent très bien qu’on prononce argu-er, j’argu-e, nous argu-ons, j’argu-ais, comme tu-er, je tue, etc.; mais que de gens, voire des professeurs, articulent argher, comme narguer, j’arghe, il arghait!