On a mis parfois un tréma dans j’arguë, il arguë, comme dans ciguë, ambiguë, et cette orthographe, qui épargnerait beaucoup d’erreurs, devrait être la seule correcte.

Partout ailleurs les groupes gue et gué se prononcent ghe et ghé: guenille, guérir, draguer, etc.[590].

II.—Devant un I le cas est bien plus grave, parce que -gui- est plus fréquent que -gué-. Aussi la plupart des u qui devraient se prononcer ont cessé de le faire, depuis un temps plus ou moins long.

Aiguille et aiguillon, avec leurs dérivés, sont les derniers mots d’usage courant qui aient conservé la prononciation de l’u. Encore faut-il faire une distinction. Aiguille paraît trop commun pour être altéré facilement: c’est un de ces mots qu’on apprend par l’oreille et non par l’œil. Et pourtant aighille n’est déjà pas sans exemple. Quand à aiguillon, il est déjà, hélas! très fréquemment altéré en aighillon, étant moins populaire ou moins général qu’aiguille; pourtant on peut lutter encore pour la prononciation correcte, soutenue qu’elle est par le voisinage d’aiguille.

Outre ces deux mots, on prononce ui naturellement dans ambiguïté, contiguïté, exiguïté, comme dans tous les mots en -uité (u-ité chez les poètes); et enfin dans quelques mots savants, consanguinité ou sanguification, linguiste et linguistique, inextinguible, inguinal, onguiculé et unguis, ou des mots purement latins, comme anguis in herba[591].

Partout ailleurs on prononce ghi aujourd’hui, notamment en tête des mots: guichet, guimauve, guitare, etc.[592]; de même, malgré le latin, dans anguille et dans les mots de la racine de sang (sauf consanguinité et sanguification): sanguin et consanguin, sanguine, sanguinaire, sanguinolent; aussi dans guine et guin, et dans aiguière[593]; enfin dans aiguiser, le dernier des mots de cette catégorie dont l’orthographe a altéré la prononciation.

Il est vrai que quelques puristes soutiennent encore aiguiser par u, mais presque tout le monde aujourd’hui prononce aighiser, et nul n’a raison contre tout le monde. Ce mot a peut-être résisté plus longtemps au sens figuré, plus littéraire et plus restreint que le sens propre; mais là même il a dû céder au courant, et il faut renoncer à réagir[594].

III.—Ce n’est pas tout. Les groupes gua et guo ne sont pas français, sauf dans les verbes en -guer, où l’u se conserve partout, pour l’unité de la conjugaison: navigua, naviguons, naviguait. Il suit de là que, hors ce cas, gua ne se prononce pas ga: il se prononce goua (gwa), comme en latin, tout en faisant diphtongue, bien entendu. Ainsi dans jaguar et couguar, dans guano, iguane et alguazil, et même dans lingual. Pourtant l’u a cessé de se prononcer dans aiguade, aiguail ou aiguayer, et aussi dans paraguante, qui est d’ailleurs passé de mode.

Quant à -guo-, même en latin, il se prononce go: disting(u)o[595].

4º Le G devant une consonne.