Madame de Saint-Pré.—«Il a une maladie à laquelle je ne comprends rien. J'ai fait ce que j'ai pu pour porter remède à son mal, mais vainement... Je souffre de son état plus que je ne saurais le dire.
Madame de Mainville.—«Je crois devoir vous avertir que je l'ai trouvé très-animé, très-irrité même; je redoute de le voir se porter à de regrettables extrémités... Il m'a semblé que dans sa colère il faisait allusion à quelqu'un...
Madame de Saint-Pré.—«Et ce quelqu'un est?
Madame de Mainville.—«M. de Valchaumé.
Madame de Saint-Pré.—«Voilà vraiment le comble des extravagances auxquelles le porte sa maladie! ah! avec quelle patience j'endure ses soupçons et ses injustes préventions! M. de Valchaumé est son ami, son ami le meilleur; c'est un honnête homme et un homme de devoir.
Madame de Mainville.—«J'en suis persuadée. Mais enfin ne devez-vous pas un sacrifice à votre mari, si étrange que paraisse être sa conduite? Le véritable remède à son mal n'est-il pas plus facile à trouver que vous ne le pensez, et ne l'avez-vous pas tout à fait sous la main? Éloignez pendant quelque temps M. de Valchaumé de chez-vous; M. de Saint-Pré reviendra peut-être alors à des sentiments plus faciles et plus doux. Je m'offre à donner moi-même à Valchaumé, si vous y consentez, le conseil de partir sur-le-champ.
Madame de Saint-Pré.—«Souffrir ce que vous me proposez, ce serait m'accuser moi-même publiquement! Ce serait avouer hautement ma culpabilité! je serais plus que compromise; on ne manquerait pas de dire qu'enfin le mari a ouvert les yeux et que dans sa juste colère il a chassé... mon amant!...» (Elles se quittent.)
SCÈNE IV.
Restée seule, Mme de Saint-Pré, qui en effet est la maîtresse de Valchaumé, se reproche sa conduite dans un monologue où elle s'injurie elle-même avec beaucoup de vivacité. Elle s'accuse, elle parle de ses remords, de son chagrin, de son amour pour Valchaumé, amour qui l'embrase, la dévore, la domine, et qui est plus fort que toutes ses bonnes résolutions.
SCÈNE V.