Entre Adèle, fille de Mme de Saint-Pré; elle a treize ans. Toute gaie, vive, aimable, elle vient doucement à sa mère: «Qu'as-tu, chère mère? lui dit-elle, tu as pleuré? papa s'est-il donc encore faché?...» (Madame de Saint-Pré sort.)

SCÈNE VI.

ADÈLE, M. DE VALCHAUMÉ.

Adèle, courant à lui.—«Ah! que je suis aise de vous voir, mon ami! j'ai trouvé maman ici tout en pleurs; elle est bien triste! vos consolations lui feront du bien.» (Elle sort.)

SCÈNE VII.

VALCHAUMÉ, MADAME DE SAINT-PRÉ.

C'est une scène vive et scabreuse, et notée dans le manuscrit en vue d'effets de scène assez singuliers. Les deux amants parlent d'abord du sentiment qui les unit. Mme de Saint-Pré entre même dans des détails pleins d'expansion sur ce mutuel amour: «Que ne puis-je, s'écrie-t-elle, faire éclater le mien à tous les yeux! Quand me sera-t-il permis de n'en rien cacher? Que je t'aime!...» La déclaration est même des plus excessives et se termine par un torrent de larmes.

De son côté, Valchaumé n'est pas moins ardent, il est même encore plus démonstratif: tombant aux pieds de Mme de Saint-Pré, il met sa tête dans ses mains appuyées sur les genoux de sa maîtresse. Elle lui dit alors vaguement quelques mots sur les soupçons de son mari.

Valchaumé.—«Parle! sait-il quelque chose?»

Mais elle ne répond que par ses sanglots. La scène devient de plus en plus brûlante et aussi plus qu'invraisemblable. Mme de Saint-Pré pleure; Valchaumé, tout en cherchant à la consoler, semble inquiet et ne cache pas ses appréhensions. Mais Mme de Saint-Pré, dont l'amour est plus violent, s'exalte, s'emporte, et propose à son amant de l'enlever et de la conduire en Hollande. Valchaumé, par prudence et peut-être aussi par crainte, ne veut point s'engager sans réfléchir, et il ne répond rien à l'ouverture imprévue de sa maîtresse. (Madame de Saint-Pré sort.)