| Je ne m'en défends plus et je ne veux qu'aller |
| Reconnaître la place où je dois l'immoler. |
| (Andromaque.) |
Voici le temps qu'il fit, la nuit où se passa ce que je vais dire. Vers cinq heures, le ciel s'obscurcit et les marques d'un orage prochain parurent dans l'air étouffant.
Je m'en souviendrai toujours. C'était le 5 janvier 1897.
Accablés, Hiram-Roi et Galé gisaient sur la natte de ma chambre. Accoudé avec Tanit-Zerga à la baie rocheuse, j'épiais les signes avant-coureurs des éclairs.
Un à un, ceux-ci surgirent, zébrant l'obscurité, maintenant complète, de leurs raies bleuâtres. Mais nul coup de tonnerre ne suivit. L'orage n'avait dû s'accrocher aux cimes du Hoggar. Il passait, sans éclater, nous laissant dans notre morne bain de sueur.
—Je vais me coucher,—dit Tanit-Zerga.
J'ai déjà dit que sa chambre était au-dessus de la mienne. La baie qui l'éclairait dominait d'une dizaine de mètres celle où je demeurai accoudé.
Elle prit Galé dans ses bras. Mais Hiram-Roi ne voulut rien entendre. Accroché des quatre pattes à la natte, il poussait des miaulements de colère et de détresse.
—Laisse-le,—dis-je, en fin de compte, à Tanit-Zerga.—Pour une fois, il peut bien dormir ici.
C'est ainsi que le petit fauve porte sa large part de responsabilité dans les événements qui vont suivre.