Resté seul, je m'abîmai dans mes réflexions. La nuit était noire. La montagne tout entière était ensevelie dans le silence.
Il fallut les grondements de plus en plus rauques du guépard pour me tirer de ma méditation.
Dressé contre la porte, Hiram-Roi la labourait de ses griffes grinçantes. Lui qui, tout à l'heure, avait refusé de suivre Tanit-Zerga, il voulait sortir. Il voulait sortir.
—Paix!—dis-je.—En voilà assez. Couche-toi.
Et j'essayai de l'arracher de la porte.
Je n'obtins d'autre résultat qu'un coup de patte qui me fit chanceler.
Alors, je m'assis sur mon divan.
Mon immobilité fut de courte durée. «Un peu de sincérité avec moi-même, me dis-je. Depuis que Morhange m'a abandonné, depuis que j'ai vu Antinéa, je n'ai plus qu'une pensée. A quoi bon me leurrer avec les histoires, d'ailleurs charmantes, de Tanit-Zerga. Ce guépard est un prétexte, peut-être un guide. Oh! je sens qu'il va se passer cette nuit des choses mystérieuses. Comment ai-je pu rester si longtemps dans l'inaction!»
Immédiatement, ma résolution fut prise.
«Si j'ouvre la porte, pensai-je, Hiram-Roi bondira à travers les couloirs, et j'aurai fort à faire pour suivre sa piste à la course. Il faut procéder autrement.»