Au-dessous de nous, il n'y avait plus que l'ombre. A voix très basse, mais ferme, Tanit-Zerga me dit:
—C'est prêt, j'ai arrangé la corde autour de la colonne. Voici le nœud coulant. Passe-le au-dessous de tes bras. Ah! prends ce coussin. Garde-le serré contre ton épaule malade... Un coussin de cuir... Il est bien rembourré. Tiens-toi face à la muraille. Il te protégera contre les heurts et le frottement.
J'étais maintenant très maître de moi, très calme; je m'assis sur le bord de la fenêtre, les pieds dans le vide. Une bouffée d'air frais venue des cimes me fit du bien.
Je sentis dans la poche de ma veste la petite main de Tanit-Zerga.
—C'est une boîte. Quand tu seras au bas, il faudra que je le sache, pour descendre moi aussi. Tu ouvriras cette boîte. Il y a des lucioles, je les verrai et je viendrai.
Sa main serra longuement la mienne.
—Va, maintenant,—murmura-t-elle.
J'allai.
De cette descente de deux cents pieds, je ne me rappelle qu'une chose: j'avais des accès de mauvaise humeur quand la corde s'arrêtait et que je me trouvais, jambes ballantes, au flanc de cette muraille absolument lisse. «Qu'attend cette petite sotte, me disais-je, il y a bien un quart d'heure que je suis ainsi en suspens... Ah! enfin! Bon, me voilà encore arrêté.» Une ou deux fois, je crus que je touchais le sol. Mais ce n'était qu'une aspérité dans la roche. Il fallait vite donner un léger coup de pied... Et, tout à coup, je me trouvai assis par terre, j'étendis les mains. Des buissons... une épine me piqua le doigt, j'étais arrivé.
Immédiatement, je redevins extraordinairement nerveux.