Je me débarrassai du coussin, enlevai le nœud coulant. De ma main valide, je tendis la corde, l'éloignant de cinq à six pas du ras de la montagne, et mis le pied dessus.
En même temps, je prenais dans ma poche la petite boîte de carton, je l'ouvris.
Successivement, trois halos voyageurs s'élevèrent dans la nuit d'encre; je vis les lucioles monter, monter au flanc du rocher. Leur auréole rose pâle glissait mollement. Une à une, elles tournèrent, disparurent...
—Tu es fatigué, sidi lieutenant. Laisse, que je tienne la corde.
Cegheïr-ben-Cheïkh venait de surgir à mon côté.
Je regardai sa haute silhouette noire. Je frémis longuement, mais je ne lâchai pas la corde, sur laquelle je percevais déjà de lointaines saccades.
—Laisse,—répéta-t-il avec autorité.
Et il me la prit des mains.
En cette minute, je ne sais pas ce que je suis devenu. J'étais debout, à côté du grand fantôme sombre. Et que faire, je te prie, avec mon épaule démise, contre cet homme dont je connaissais la force agile. Et puis, à quoi bon? je le voyais, arc-bouté, tendant des deux mains, des deux pieds, de tout le corps, la corde, bien mieux que je n'eusse pu le faire moi-même.
Un frôlement au-dessus de nos têtes. Une petite forme ténébreuse.