Il arriva qu’un soir, à l’asile de nuit, il se trouva couché près d’un autre miséreux dont la physionomie le frappa. Elle était celle d’un certain Martelot, qui, peut-être, avait remué encore plus de millions que Lorillard. L’un et l’autre se contèrent leurs malheurs.

— Moi, dit Martelot, je me suis enfoncé dans les sucres…

Fortuné parla de son désastre.

— Ah oui ! Gentillot, s’écria le voisin avec admiration. Cela ne m’étonne pas, ce garçon-là est très fort.

Puis, soupirant, il reprit :

— Que veux-tu, nous n’avons pas eu de chance. Mais il faut sortir de là, nous débrouiller rapidement. A nous deux, nous arriverions à quelque chose de bien. Vois-tu, ce qui nous manque, c’est une somme importante pour nous relancer. En cherchant bien, nous la trouverons.

— Non, répondit Lorillard. J’ai demandé de l’argent à tous ceux qui pouvaient m’en avancer. Ils ont refusé.

L’autre sourit.

— Naturellement, dit-il. On ne prête pas d’argent aux marmiteux comme nous. Ils le prennent.

Puis il exposa son projet, simple et réalisable. Il ne s’agissait que d’attendre, à la fin d’un jour d’échéance, certain garçon de recettes, de le tuer, et de se saisir de sa sacoche. Elle contiendrait, d’après les supputations de Martelot, environ quatre-vingt mille francs…