M. Calandrap écoutait, assez ému, mais regardant autour de lui, car il craignait d’être aperçu en train de converser avec un homme d’aspect si lamentable. Pourtant, il donna vingt francs à Fortuné, lui serra la main. Et, en soupirant, il prononça :

— Je vous plains de tout mon cœur. Mais je vous demande de ne pas revenir. Nous n’appartenons plus au même monde. Il faut respecter les conventions sociales. Peut-être, en cherchant bien, pourrais-je vous procurer un emploi par ici. Mais on saurait tôt ou tard que nous avons été des amis. Je perdrais alors une bonne partie de la considération dont je jouis. Ma femme tient énormément au décorum. Elle ne me pardonnerait pas d’y porter un coup semblable.

Tout en parlant, il reconduisait Fortuné.

— A propos de femme, reprit-il, savez-vous que j’ai rencontré la vôtre, ces temps-ci ?

— Laquelle ? demanda Lorillard.

— Angèle, parbleu ! Il est vrai que vous êtes divorcé. Elle avait épousé Dujardin, le vétérinaire. Mais il est mort. Angèle a hérité de tout son bien…

— De tout son bien ! s’écria Fortuné. Oh ! mais alors, je vais aller la retrouver… Où est-elle ?

— A Versailles, répondit Calandrap. C’est là que, par hasard, nous nous sommes vus. Elle m’a longuement causé de vous. Elle ne vous oublie pas, la brave fille. J’ai même l’impression qu’elle vous regrette. Oui, il faudrait que vous sachiez où elle demeure…

Il réfléchit, puis, hochant la tête, il ajouta :

— C’est facile. Elle m’a dit qu’elle venait d’acheter une maison, pour y loger. Je me rends souvent chez mon notaire, à Versailles. Il se procurera sans peine le renseignement que vous désirez. Dès que je l’aurai, je vous écrirai. Mais où ?