Fortuné indiqua le cabaret où il était le plus connu. Puis il partit, car il sentait que Calandrap avait hâte de se séparer de lui.
Et voici que, la veille même, Fortuné Lorillard avait reçu la lettre de Calandrap. Ce dernier, d’abord, le priait affectueusement de ne plus jamais se montrer à Chevreuse. Ensuite il lui donnait l’adresse d’Angèle.
C’était cette lettre, cette adresse si précieuse, que Fortuné avait perdue dans le train, le jour où j’entrai en relations avec lui de la manière que l’on connaît.
ÉPILOGUE
Fortuné Lorillard avait terminé son récit. Maintenant, accoudé sur la table, il rêvait. Toute son histoire, qu’il venait d’évoquer, semblait encore l’émouvoir et l’attrister.
Et moi aussi, je me taisais. Car je trouvais que son sort actuel était plusieurs fois mérité. J’en souhaitais de tout mon cœur un aussi fâcheux à tous ses pareils, agioteurs et accapareurs. Un plus cruel, même, ne me déplairait point pour eux, et je les verrais volontiers pendus à bonnes cordes, ou noyés en eau froide, brûlés à feu vif, écorchés petit à petit, hachés à loisir, ou encore tirés à quatre chevaux, ce qui serait une bien belle et délicieuse satisfaction pour tout le monde, eux-mêmes exceptés, cela s’entend.
Le jour baissait. La salle du cabaret, déserte jusqu’à ce moment, se remplissait de clients. Car c’est surtout vers le crépuscule, à ce que j’ai remarqué, que l’homme se plaît à boire. Dans la cuisine, près de nous, la femme de l’Auvergnat, luttant à grand bruit avec ses casseroles, commençait de préparer le dîner des pensionnaires et de l’époux.
Celui-ci, tout en servant les consommateurs, nous surveillait. Il s’étonnait, certes, que nous fussions encore chez lui après tant d’heures écoulées. Et peut-être supposait-il que nous ne nous attardions tellement que parce que nous ne nous résolvions pas à payer notre dépense.
— Six heures ! m’écriai-je tout à coup en regardant l’horloge. Allons-nous-en ; nous avons un train dans quarante minutes.
J’appelai le patron, et fis mon compte avec lui. Le vagabond, alors, parut s’éveiller. Il remua la tête avec accablement, et se leva.