— On ne sait jamais, répliquais-je. Essayez toujours.

Nous arrivions rue Ducis, devant le no 7. Considérant l’immeuble, Fortuné prononça :

— Cinq étages. Quinze à dix-sept mètres de façade. Et tout neuf. Cette maison-là vaut bien cent mille francs. Et elle appartient à Angèle, savez-vous !

Il se mordit la lèvre.

— Là, franchement, reprit-il, que feriez-vous à la place d’Angèle, en m’apercevant ?

— Moi ? répondis-je sans hésiter, je vous dirais : — Fiche-moi le camp d’ici, misérable crapule. Mais je ne suis pas Angèle. Allez, montez donc !

Il fallut encore que je le suivisse. Un voisin nous apprit que c’était au premier étage que logeait Mme Veuve Dujardin. Nous gravîmes les marches. Je sonnai, moi, car Fortuné n’osait.

L’huis s’ouvrit instantanément, et Angèle elle-même apparut, infiniment plus belle, plus grosse, plus majestueuse encore que je ne l’imaginais. Elle leva ses bras courts, et cria d’une voix éperdue :

— Mon Fortuné, mon Fortuné, te voilà donc enfin ! Je t’attendais…

Elle s’élança. Tous deux longuement s’embrassèrent.