— Mon fiancé est assez riche pour m’acheter un œil de verre !
V
Le soir même, Fortuné, remontant la rue Rodier pour rejoindre Angèle, se demandait de quelle manière il pourrait surmonter les difficultés incroyables de sa situation, lorsqu’il aperçut sa bien-aimée qui venait à son avance d’un pas pressé. Il observa que la figure de sa belle n’exprimait pas cette bienveillance ardente qu’Angèle lui donnait instinctivement du plus loin qu’elle découvrait l’amant. La fureur, au contraire, semblait habiter aujourd’hui cette créature paisible, et qui n’avait encore montré de violence que dans les doux orages de la volupté.
Angèle, en effet, creusait d’un rictus amer sa face ronde, et fixait sur Lorillard étonné des yeux qui fulguraient. Il s’avança pourtant, lui prit les mains avec tendresse. Mais elle se dégagea, d’un mouvement rude, et elle dit :
— Monstre ! tu es un monstre, un enjôleur !
— Moi ! s’écria Lorillard. Et pourquoi donc ?
Elle ne répondit rien, car elle sanglotait.
Il n’est rien de si terrible à voir que la douleur d’une grosse femme. Les larmes qui coulent sur un visage rebondi sont les plus émouvantes, car elles expriment fortement que le corps le plus robuste peut être vaincu par le désastre de l’âme. C’est un spectacle à faire pitié, et dont l’homme le plus dur ne saurait rire. Aussi Fortuné s’émut-il. Mais en vain, trois fois, il répéta sa question. Angèle pleurait toujours. Enfin, relevant vers Lorillard sa figure ruisselante et cramoisie, elle demanda d’une voix déchirante :
— Mon amour, pourquoi m’abandonnes-tu ?
Et comme Fortuné protestait, elle reprit :